En ces soirées de froid hivernal où la neige tend le bout de son nez, personne ne souhaite sortir pour aller au théâtre. Rester se cajoler paraît être d'actualité en ce début de Février dans les rues toulousaines. Pourtant, pour ceux qui ont eu la petite lueur d'envie, hier soir, d'aller poser leur postérieur sur les fauteuils du Fil à plomb, le détour en valait la chandelle. Déjà pour l'accueil chaleureux de ce théâtre où le spectateur ne se sent pas impersonnel et où l'échange se crée. De plus pour Colette Migné, conteuse et clown à n'en pas douter, qui partage un moment de poésie-érotico-mollusqueste réservé cette fois aux adultes :
Le cri d'amour de l'huître perlière.
20000 lieues sous la mer
Entrée aussi simple que la dame paraît l'être : les présentations se profilent. Tout d'abord, un petit tour d'horizon sur les accessoires, d'une importance extrême pour la bonne compréhension du conte, puis l'entrée en matière. Une plongée dans l'univers sous-marin, puis avec un peu de concentration la conteuse devra s'y reprendre à trois fois afin d'enchaîner l'histoire. Ce n'est pas toujours évident de penser à tous les détails quand on est seul sur scène, or les détails sont ce qui fait un bon déroulement d'histoire.
Nous voilà donc partis dans les profondeurs de la mer afin de rejoindre une huître perlière qui continue sa petite vie sans embûche, à se procréer tranquillement bien calée à côté de ses sœurs. Tout va basculer pour elle, le jour où un grain de sable (GDS) se faufile dans l'antre de sa coquille. Après avoir voulu le rejeter comme à son habitude pour tout corps étranger, la petite huître se rend compte que son goût est totalement différents des autres GDS. Elle s'endort sur cette impression et ce n'est seulement qu'à son réveil que l'inévitable arrive.... Une aventure merveilleuse lui ouvre ses portes dans un monde magiquement mouillé, rempli de couleur et de population hétéroclite.
Délice du mot
Pour les non connaisseurs de Madame Colette Migné – OUI, MADAME – comme ce clou-ci, la découverte d'une écriture lisse, douce, recherchée, océanique et encore plus, est un régal. Bien sûr, il faut aimer le mot et les jeux langagiers – qui ne les aime ? Même sans cela, un tel un texte ressort d'une grande qualité d'écriture.
Disons-le clairement, Colette Migné attrape le spectateur dès le premier moment de scène pour ne plus le lâcher. Déjà, il faut se figurer l'histoire - originale, drôle et en prime instructive. Le monde des mollusques et des crustacés devient beaucoup moins inconnu pour tous ceux qui sont loin de la mer. De même pour les autres qui apprennent avec humour la vie véridique - sexuelle principalement - de ces êtres vivants. Ensuite, il faut imaginer notre chère conteuse, ses expressions clownesques qui vont jusqu'à la défigurer en "thon", et son corporel de mime extrêmement bien inspiré du monde marin qui empêche de relâcher l'attention, qui fait rire et tient jusqu'au bout en haleine dans son univers.
Juste un petit bémol sur la chanson un peu longuette et pas totalement utile malgré sa justesse et son rythme entraînant. Ce minuscule moment de flottement s’estompe en deux secondes.
Il y a sans aucun doute un bel air de Yolande Moreau dans les intonations de cette dame, ainsi que dans sa manière de s'adresser aux gens, au public. Un petit peu rustre tout en gardant une féminité à fleur de peau. Elle sait inviter à rentrer avec elle dans son histoire quand elle a besoin du spectateur, et sans se faire prier.
Un beau moment de voyage dans les fonds marins, de détente d'où l'on ressort le sourire fixé sur les lèvres.
||Delphine Le Calvez