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L'écho du brigadier

Critique

Frédérique Trunk *****



Frédérique la conquérante



Publié le 04 Février 2012

"La musique à elle seule peut être le moyen de réunir les âmes des races, nations et familles, aujourd'hui divisées"  Hazrat Inayat Khan



Si la pianiste, chanteuse et compositrice Frédérique Trunk est encore inconnue des scènes toulousaines, c'est justement qu'elle vient de débarquer dans notre belle Ville Rose.
Frédérique est une conquérante, à l'instar de son homonyme masculin, Frédéric II de Prusse, dont cette année voit fêter le trois-centième anniversaire de naissance et qui fut également musicien. Jeune alsacienne, prix de conservatoire et licence de musico en poche, elle part à la conquête de son rêve américain : étudier le jazz à la New School for Jazz and Contemporary Music de New York. Elle restera quinze ans dans ce nouveau monde,  multipliant les expériences et les collaborations musicales.
La musique nous amenant parfois en terre inconnue, Frédérique poursuit pendant cinq ans sa route à Barcelone, où elle forme le quintet Résonnessence (piano, voix, oud, clarinette, clarinette basse, violoncelle et percussions) où se mêlent subtilement le toucher aux accents jazzy, les résonnances hispano-orientales, et d'où naissent des essences nouvelles, parfums vibratoires d'un air venu d'ailleurs. Arrivée en septembre à Toulouse, notre conquérante va très vite s'entourer d'acolytes qui ne sont, eux, pas tout à fait inconnus dans le coin (et ailleurs), puisque Léo Bernard percute déjà dans le groupe flamenco-jazz Dayde, et que Jean-Marc Serpin contrebassise avec justesse au sein de Pulcinella et accompagne la chanteuse Coco Guimbaud.
Et nous voilà embarqués pour le voyage musical auquel le nouveau trio conviait en une première toulousaine, ce mardi 31 janvier de l'an de grâce deux-mille-douze, au Cherche Ardeur. Et, en ce qui concerne la "grâce", ça commence plutôt bien !...

Maturité, maturation, maîtrise…

L'essentiel du programme contient donc les compositions de Frédérique Trunk (dont certaines déjà présentes dans son album "Soukoun" enregistré par le Quintette Myriade à New-York, en 2000), parsemées de quelques standards revisités. Du jazz (incontestablement, et toutefois plein de personnalité) métissé aux teintes de musiques contemporaine, flamenca, moyen-orientale, ethno-jazz et tout ce que l'on peut trouver comme qualificatifs "extra-européen". Comme au temps de Rameau, "l'exotisme" semble apprécié de nos contemporains occidentaux. C'est à la mode ! Toutefois, les couleurs – toutes exotiques qu'elles soient – dont il est question ici ne sont ni clinquantes ni tape-à-l'œil, mais fines et délicates, même si elles sont parfois fermement et volontairement marquées, comme celles évoquant "le désert", ou encore le "thème turc". Les percussions de Léo Bernard y sont pour beaucoup, en matière de variétés de couleurs, et aussi la voix chaude de Frédérique qui, pour n'intervenir que sur quelques morceaux, n'en est que plus appréciée lorsqu'elle se fait entendre.
Quant à la contrebasse de Jean-Marc Serpin, pour ceux qui ne la connaissent pas encore, elle est agréablement impressionnante de justesse et de précision, tant à l'archet qu'au pizz. C'est donc une musique pleine de maturité et riche en couleurs que l'on découvre, une musique qui emmène vers des terres neuves, à moins qu'elles ne soient ancestrales… Par maturité, entendons une musique équilibrée dans ses timbres, dans sa structure, dans ses différentes interventions, sans virtuosité gratuite ou déplacée, "sans une note (ou un silence) en trop" comme aurait dit Mozart, bref de la "bonne musique", travaillée et revisitée par le temps et la vie, qui n'est pas là pour briller mais pour toucher l'intime, formant un tout cohérent, évident, qui coule telle une rivière emportant avec elle ceux qui veulent bien se glisser dans son lit.

Ethno-flamenco-orientalo-latino-classico-jazz contemporain,

ou simplement de la bonne musique ?

Un voyage n'est vraiment réussi que lorsqu'on n'a pas vu le temps passer et qu'on a eu l'impression d'être parti un mois, plutôt qu'une semaine, tant on a vécu de choses. Il en est de même pour la musique vivante. En définitive, peu importe les titres, ou les origines, ou encore le style : ici, c'est le "temps musical" qui interpelle ; celui qui se déroule inlassablement, qu'on ne peut remonter ni dépasser, celui qu'on entend en l'instant et qui emporte avec lui de façon à ce que le temps lui-même n'existe plus. Ne serait-ce pas, finalement, une autre définition possible de la "bonne musique", celle qui ne fait pas passer le temps mais avec laquelle on ne voit pas le temps passer ? Laissons-nous donc embarquer et goûtons ensemble, pilotes et passagers, aux charmes certains du voyage.
C'est là que l'on s'aperçoit que le cadre ambiant (très chaleureux et convivial) du Cherche Ardeur n'est peut-être pas l'idéal pour déguster toutes les richesses et les finesses de cette musique et de ses interprètes, qui reste davantage une musique de concert que d'ambiance de bar (même jazz) et qui mérite d'être entendue (et jouée) en des lieux plus adaptés. Deux moments forts ont toutefois mobilisé le silence de la salle: "Nomade", véritable envoûtement des dunes et de l'infini, et une pièce aussi particulière qu'inattendue, sans piano, où la voix de Frédérique sautille entre la contrebasse de Jean-Marc et les percussions de Léo avec une énergie toute latine. Nul doute que ceux qui sont venus là pour entendre (et, comme chacun sait, pour pouvoir bien entendre, il faut commencer par écouter !) ont été conquis.
Après un concert soliste en avril dernier, alors qu'elle était de passage à Toulouse, puis en duo avec Jean-Marc Serpin en novembre (les deux au Cherche Ardeur), Frédérique part ainsi à la conquête du sol toulousain, de France et de Navarre. En trio aujourd'hui, le projet a pour vocation de s'accomplir en quintet. Nul doute que Frédérique Trunk y arrive. Elle possède tout le talent et la grâce pour y parvenir, et sait s'entourer de musiciens qui n'en ont pas moins qu'elle. Et ce, pour le plus grand plaisir de nos oreilles, de nos sens et de notre esprit. Et si vous voulez vous en persuader, ne manquez pas de prendre votre billet pour le prochain voyage. ||
Nicolas Debard
Nicolas Debard
 
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Pierre Boé
Renseignements pratiques
MusiquesFrédérique TrunkAvec Frédéric Trunck (piano, voix)
Jean-Marc Serpin à la contrebasse
Léo Bernard aux percussions
Le 04 Février 2012*****
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