Peut-être le pseudonyme de Timbre Poste éveillera-t-il quelque écho chez les auditeurs de France Inter, où Serge Trinquecoste exécuta quelques chroniques. En humoriste toujours, le bonhomme aurait par ailleurs dignement écumé les cafés-théâtre parisiens – c'est ce dernier exercice qui semble avoir guidé et la plume et le jeu dans la création de
Pas touche. Un spectacle selon les règles du genre, mis en scène de la comédienne Cécile Jaquemet et qui sera repris courant avril au Fil à Plomb, où il fut créé.
"Affiner son cabécou"
Le lien entre la vente des cabécous, le Montana, les placements financiers, les nems et le Viagra ® ? Aucun a priori, sinon peut-être l'avantage d'être des symboles immédiats et familiers, bref de quoi nourrir une bonne vieille intrigue de café-théâtre.
Prenez un homme d'affaires sur le tard, un futur gendre aux dents longues et un associé très probablement véreux ; ajoutez un cocktail féminin composé de maîtresses douteuses, d'une supposée Chinoise, d'une Thaïlandaise avérée et d'une Tatiana assurément slave ; versez les ingrédients dans une société moderne peinte à gros traits sous des aspects disons… clignotants et médiatiques, où paradis fiscaux et garçonnières farcies de caviar riment avec délocalisations en Chine ; touillez longuement, agrémentez d'humour bien sûr et, nonobostant les hésitations bien naturelles un soir de première, servez.
Le plat ne manque donc pas d'ingrédients très identifiables, et qui les goûte séparément goûtera certainement l'ensemble. Les personnages comme les comédiens donnent à plein dans la caricature : nul ne s'en garde, la chose est assumée. Alors certes, il ne faut pas être gourmand : si la satire était visée, avec de tels traits l'écriture ne pourrait assurément pas y prétendre. Mais comme souvent, ce spectacle ne manque pas de jus ni de générosité de la part des comédiens : partant de là, on pourra trouver attendrissant ce vieux dom Juan que ne quitte jamais sa boîte de stimulants, et cocasses ses déconvenues.
Rien de nouveau sous le soleil, mais après tout ce n'est pas ce qui est demandé : dans le genre, ça se défend.
||Manon Ona