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L'écho du brigadier

Critique

Chouf - Tête de clou *****



Aux enfants de papier



Publié le 12 Janvier 2012


C'est peu dire que Chouf a ses habitudes au Théâtre du Grand Rond. Si les apéros qu'il y a assurés ne sont pas aussi innombrables qu'il l'affirme, on l'y a vu faisant spectacle seul ou en quartet, invité (par Philippe Sizaire) ou alors invitant (Gilles et Auguste et pas mal d'autres encore) – bref dans tous les états. Il y revenait donc récemment comme on rentre à la maison, ayant abandonné le trop formel Monsieur qui précédait son nom et un nouvel album sous le bras qu'occupent déjà, chacune à leur tour, la trébuchante guitare de bois et la sonnante Gretsch rouge. Au programme des tubes d'antan, des chansons nouvelles et même quelques inédites.

"On a ouvert la porte sur le trottoir..."

Chouf, c'est certain, n'a rien perdu d'un mordant que sa rondeur et ses moues rêveuses ne laissent pas deviner. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter La tête de votre fille, EDVIGE, chanson nouvelle introductive de son tour de chant. Lettre ouverte à certain président de certaine république européenne d'entre Atlantique et Méditerranée, la philippique façon Chouf enfonce le clou de la grogne contre le flicage généralisé de notre société inquiète, exigeant la tête non d'une innocente gamine, mais du fichier de police "Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale", le trop fameux EDVIGE. Pas le meilleur de ses nouveaux morceaux au demeurant – trop long (plus de sept minutes bien comptées, le bougre), trop chargé de paroles en foule et un peu brouillé côté musique – mais au moins confirme-t-il que la conscience politique n'a pas tout déserté.
Conscience sociale à tout le moins, qui trouve à s'exprimer avec bien plus de poésie dans Têtes de clou, où les bien-pensants à cervelle ferrée se voient rivés de quelques vers bien sentis dans lesquels on trouvera trace de son admiration pour Brassens, ses croquants et ses "braves gens qui n'aiment pas que". Eh non, "on n'aime pas les chaussures à clous des têtes de clous", non plus... Et que dire de "tous les écorchés vifs qui traînent dans les rues [...], qui ont le vague à l'âme et le coeur qui chavire", de ces cuisines de sorcière que mitonnent les petits barons de l'urbanisme inhumain à base de chat à la cuiller et d'immeubles explosés, sinon qu'on en aime la dent aiguë cachée sous le moelleux de la métaphore et le tendre du vers.

"...Il faut qu'on nous apporte la suite de l'histoire"

Le tendre. C'est sans doute là que se niche le meilleur de Chouf, dans des mélancolies délicates, des nostalgies pastel qu'éclairent le rai de l'autodérision et le goût de la vie. Pas étonnant que son tube reste Mon petit bateau de bois, délicieux morceau sur le temps qui passe et la nostalgie de l'enfance que lui concocta il y a lurette un Manu Galure inspiré. Pas plus étonnant qu'on aime toujours ces Julie qu'il trouve toujours trop nombreuses dans les chansons, en tirant argument pour ne pas citer celle à qui la déclaration s'adresse.
Et toujours pas étonnant, pour le coup, qu'on accroche aussitôt de l'oreille et du coeur lorsque Chouf se met à chanter sur deux notes le terrain des peurs et ce temps où l'on "déraille on s'amarre on s'accroche aux branches on tombe de haut", ce temps où "les pétales des fleurs disent si on s'aimera". Que les portugaises se tendent lorsqu'il entonne la très belle complainte des Enfants des guerres, quand avions, maisons, poupées de papier rappellent qu'il n'y a pas de soldats de papier, et pas de place pour les enfants sur les champs de bataille. Que les cages à miel frisent de bonheur à l'écoute des Derniers qui restent, swing manouche électrique à l'ambiance nocturne trouée de la lumière chaude des bistrots accueillants.
S'étonnera-t-on alors qu'il reprenne L'étranger dans la glace d'Hubert-Félix Thiéfaine, là où s'efface la mémoire ? Ou, revenant à plus d'ironie, qu'il boucle la boucle ouverte avec EDVIGE en entonnant Le roi des cons de Brassens, le public – "ma bande de patrons à moi" – avec lui ? Le Chouf nouveau vaut donc l'ancien – pourquoi en serait-il autrement ? Plus mûr, plus assuré et sans doute plus féroce, mais un gamin toujours mussé derrière les cordes de ses guitares. Rêveur, un peu inquiet : un enfant de papier. ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
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Renseignements pratiques
ChansonChouf - Tête de clou
De et avec Chouf.
Le 12 Janvier 2012*****