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L'écho du brigadier

Critique

Les quatre aveux de Phèdre *****



Phèdre
comme au Grand Siècle



Publié le 28 Février 2008


La boucle est bouclée : des trois classiques du Grand Siècle que Laurent Ogée et 3BC Compagnie ont voulu porter sur scène à leur façon, voici revenir Phèdre, la dernière des œuvres profanes de Jean Racine, louée pour sa richesse poétique, la perfection de sa métrique et la tension de son intrigue. Mais quel fichu morceau ! Cinq actes, trente scènes, mille six cent cinquante-quatre alexandrins, soit la bagatelle de dix-neuf mille huit cent quarante-huit pieds. Un vrai mille-pattes de théâtre...
Ce qui justifie amplement le sort à elle réservé : se faire réduire à six personnages et une heure de temps, selon le principe également appliqué au Cid de Corneille et au Misanthrope de Molière, pour ne conserver que l'essence et l'essentiel de l'œuvre. A retrouver au Théâtre du Grand Rond.

Tragiques entrelacs...

Place à la tragédie, dont le principe de fonctionnement est assez constant : prendre une situation simple, mais scabreuse dans son développement, l'appliquer à des caractères compliqués. Le malheur ne peut manquer de survenir.
Prenez Phèdre, par exemple, dont Vénus veut la perte. Fille du roi Minos et de la magicienne Pasiphaé, sœur d'Ariane et même du Minotaure, elle a épousé Thésée qu'elle n'aime pas plus que ça et ne pense qu'à mettre fin à ses tristes jours d'héritière d'une famille maudite. Le glorieux Hippolyte, fils de Thésée, a par contre tous les charmes à ses yeux... Mais Hippolyte, lui, aime Aricie, hélas issue d'une cité rivale ; de désespoir, il envisage de quitter sa bonne ville de Trézène, ignorant qu'Aricie l'aime aussi et plus encore les sentiments de Phèdre.
Fatalitas : on annonce la mort de Thésée et Phèdre, sur les conseils malavisés de sa nourrice Oenone, dévoile ses sentiments à Hippolyte au prétexte de trouver un précepteur et un père à son fils. Hippo refuse, vous pensez bien.
Patatras ! Thésée est bien vivant, le voici qui revient (tiens ? un alexandrin...) et s'étonne de recevoir un accueil un peu frais. Il ne lui faut guère de temps pour apprendre les projets de Phèdre mais, trompé par Oenone, pense que son fils lui-même a tenté de séduire son épouse. Colère, exil et invocation de Neptune aidant, Hippolyte périt, Oenone se jette dans les flots et Phèdre s'empoisonne. Pour la petite histoire, Thésée adopte Aricie. Rideau.

... Mais coupes sans manques

Après la tragi-comédie du Cid (une vraie tragédie, en fait, mais qui finit bien et dans laquelle Laurent Ogée a trouvé quelques traces d'humour) et la comédie tragique du Misanthrope, voici donc la vraie tragédie tragique, et celle des trois pièces à évoquer le plus les lourdeurs classiques. Il n'y manque ni la force du destin, ni la mort et aucun de ces vers fameux qui nous firent tant souffrir : 'Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue / un trouble s'éleva dans mon âme éperdue' ; 'Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire' ; et même 'Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur', vers fameux de n'être composé que de monosyllabes - un exploit, dans notre langue à rallonge. Il n'y manque pas plus les toges à la grecque (avec une forte pointe d'Orient), les masques à l'italienne et l'emphase très française du geste. Au point qu'on soupçonnerait volontiers metteur en scène et comédiens d'avoir voulu verser sinon dans la franche parodie, du moins dans une distanciation un poil moqueuse vis-à-vis d'un texte trop lourd de gloire et de grands effets.
Le résultat, n'en doutons pas, fera grincer des dents les plus ardents conservateurs des belles lettres, quand son côté outré ne saurait que ravir les mauvais esprits. C'est donc qu'il est bon. Mais la taille est brutale en une œuvre aussi longue (tiens ? encore un alexandrin) et les très didactiques explications préliminaires de Muriel Benazeraf ne suffiront peut-être pas à ceux qui ne connaissent pas l'œuvre. Pis, elles pourraient rappeler à certains le mauvais souvenir de quelque prof de français - effet contraire, je crois, au but recherché. Il n'empêche : c'est bon.
Finissons sur cet avis : si chaque pièce peut être vue seule, la qualité et la saveur de ce travail ne peuvent être vraiment appréciées qu'à la vue des trois œuvres. A bon entendeur... ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
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Djeyo / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ThéâtreLes quatre aveux de Phèdre
D'après Jean Racine / 3BC Cie
Mise en scène : Laurent Ogée

Avec Nathalie Andrès, Muriel Bénazéraf, Jean-Marc Brisset et Philippe Bussière
Du 28 Février 2008 au 25 Février 2008Durée : 1h.*****