Retour Accueil Actualité critique du spectacle vivant / Grand Toulouse

Options de recherche

 
Votre recherche : Par titre de spectacle Par genre de spectacle Par compagnie Par lieu Par metteur en scène/auteur/chorégraphe Par date Par durée Par prix
> Accueil > Critique [ Tout le plaisir est pour nous - Elles et eux (sans compter le chien)

L'écho du brigadier

Critique

Tout le plaisir est pour nous *****



Elles et eux
(sans compter le chien)



Publié le 02 Décembre 2011


Voici que revient la Cie Coeur et Jardin derrière le nouveau rideau rutilant, sans tache ni accroc, d'un Grenier Théâtre en partie rénové. Désormais indépendante du Théâtre du Pavé, la salle de l'impasse Gramont s'offre enfin une véritable programmation et commençait la saison avec Tout le plaisir est pour nous du dramaturge britannique Ray Cooney. Après les vaudevilles "à l'ancienne" de Feydeau et Labiche, après des Duos sur canapé qu'on reverra au printemps, la troupe poursuit donc dans la veine de la comédie contemporaine devant une salle alors comble, et revient selon l'usage désormais établi, cette semaine à la Salle Nougaro.

"Je casse toujours vase quand j'ai envie gross câlin"

Campons les personnages, car ça ne va pas être simple. Les Lebreton d'abord, Jean-Loup et Marie-Catherine : lui éditeur, elle au foyer, l'un et l'autre se préparant pour un dîner dehors – bref, un couple sans histoire hors l'agacement que vaut à monsieur les excentricités d'Alexandre Enzo, décorateur bisexuel en charge de la rénovation de leur appartement. Auprès eux Eléna, avec qui le même Alexandre entretient une relation aussi secrète que peu coupable qu'il espère bien concrétiser une nouvelle fois ce soir chez ses commanditaires favoris. La sonnette et le téléphone sonnent.
Les Courtois ensuite. Arnaud, associé de Lebreton, est un coureur invétéré qui n'attend que de pouvoir utiliser l'appartement de son ami, ce soir, pour y lutiner Lydie, standardiste de rencontre. Son épouse Cyrielle, pas dupe, espère le même lieu au même moment pour s'y livrer enfin à l'adultère avec Serge Vinard, illustre inconnu qui le restera. La sonnette et le téléphone sonnent.
Comme toujours, jusque-là tout va bien. Là où ça va moins bien, c'est lorsque M. Lebreton trouve sur le tapis un fragment de lettre enflammée perdu par Cyrielle, mais qu'il croit destiné à sa femme. La sonnette et le téléphone sonnent. Là où ça ne s'arrange pas, c'est quand le même décide d'annuler le dîner prévu, ruinant les plans d'à peu près tout le monde. La sonnette et le téléphone sonnent. Là où ça empire encore, c'est lorsqu'il fait à Alexandre ce que celui-ci prend pour une déclaration, tandis que les époux Courtois se retrouvent nez à nez dans cet appartement où ils n'ont que faire ; et que tandis que la sonnette et le téléphone sonnent, une Marie-Catherine outragée décide pour faire bon poids de jeter son bonnet par-dessus les moulins en compagnie d'Alexandre, au grand dam d'Elena.
La sonnette et le téléphone sonnent. Et, à force de sonner, trouvent réponse : la sonnette est celle qu'actionne la standardiste Lydie, le téléphone celui dans lequel appelle Mlle Bouillon. Mlle Bouillon ? Rien moins qu'Anne-Suzie Bouillon de Chazourne, star du roman animalier en rupture d'éditeur et qui voudrait faire affaire avec M. Lebreton. En tout bien tout honneur s'entend, puisque la demoiselle se révèle fort sensible aux questions de bonnes moeurs... Ainsi Cyrielle devient-elle Eléna et Lydie Marie-Catherine, Jean-Loup Jean-Louis et Alexandre Jean-Loup donc Marie-Catherine son épouse, Arnaud lui-même ou Alexandre selon humeur et Alexandre le nom d'un chien imaginaire, mais supposément piqué des vers. En résumé. Ça va ?

"Grâce à vous, mon minou va faire des étincelles !"

Pas de doute, Ray Cooney mérite largement son surnom de Feydeau anglais. Inventeur de la technique désormais canonique consistant à jouer d'abord à la cambrousse avant de présenter à la ville une pièce plus ou moins réécrite, il n'est qu'héritier dans l'art du quiproquo, du double sens et du méli-mélo inextricable. Mais quel héritier... Aussi implacable que Feydeau dans la mécanique de ses pièces, il le dépasse par le nombre de personnages centraux qu'il implique dans ses intrigues, le rythme échevelé qu'il leur impose et l'usage répété de répliques à double sens. Tout le plaisir est pour nous fut en 1971 son premier et probablement plus grand succès – contemporain, d'ailleurs, des Duos sur canapé de Marc Camoletti (1972). Le roi du vaudeville XXe siècle.
Qu'on goûte le genre ou non, force est de constater qu'un tel texte a ses exigences, d'une distribution adéquate à une énergie sans faille ignorant le trébuchement, de préférence dans un décor soigné et une mise en scène survoltée. Carton plein pour Coeur et Jardin. Les huit comédiens, tous parfaitement à leur place dans leurs rôles, enlèvent la pièce à un train d'enfer qui a son poids dans l'entretien d'une confusion nécessaire. Pas de caricature (hors celle, loufoque et attendrissante, d'Eléna l'étrangère), pas plus de sur-jeu qu'il n'en faut et ces locomotives de comédie qu'ont fini par devenir Philippe Canizarès (Alexandre), Valérie Coré (Mlle Bouillon) ou Thierry Crouzet (M. Lebreton) – ce qui n'enlève bien sûr rien aux qualités des autres.
Francis Azéma, qui signe une nouvelle fois la mise en scène, n'a de son côté plus rien à prouver et assure sans erreur le rythme des entrées, sorties et pataquès sans nombre. La scénographie y a sa part. Achetée à une précédente production parisienne, entièrement remaniée par Lorena Acin, c'est un deux-pièces soigné aux couleurs pastel dont la forme de boîte ouverte autorise bien des facéties, jouant sans barguigner de ce vieux ressort comique consistant à dévoiler au spectateur ce que les personnages ne peuvent deviner. Sans compter les coups d'oeil par la serrure... A voir sans hésiter. Comme dirait Marie-Catherine : "Pas de panique, il y en aura pour tout le monde." ||
Jacques-Olivier Badia
Jacques-Olivier Badia
 
logo du clou
Djeyo / Le Clou dans la Planche
Djeyo / Le Clou dans la Planche
Renseignements pratiques
ThéâtreTout le plaisir est pour nous
De Ray Cooney / Cie Coeur et Jardin
Mise en scène : Francis Azéma
Scénographie : Lorena Acin

Avec Valérie Coré, Alexandra Pons, Elsa Javon, Séverine Laude, Philippe Canizarès, Thierry Crouzet, Claude Hélias et Guillaume Douat.
Le 02 Décembre 2011Durée : 1h30.*****