Elle avait un joli châle, couleur paille. Il avait de longs cheveux, était barbeux. Ils venaient du Lot et depuis longtemps étaient potes (désolée, c’est pour la rime). Ils se sont encloqués tous deux d’un projet bien fumeux. Celui-ci sent un feu qui n’est pas dangereux, se faisant lumière sur un autre univers : le leur, bien à eux. Bien à eux de chanter leurs chansons et de nous les offrir. Pour fleurs, offrir ces petits vers à Bulle de Vers qu'accueillait dernièrement Le Bijou, qu'on retrouvera cette semaine à la Salle Bleue, en première partie des Deux Maris de la Femme Poisson.
Sensibles sont les paroles, la voix et la présence de ces jeunes musiciens. Dudule fêtait ses 33 ans ce soir là – ça lui va très bien – il a bien fait rire son monde à la plupart de ses interventions si décalées et spontanées, presque compulsives. Mieux vaut ne pas s'inquiéter de ce personnage étrange. Lorsque ses doigts barbotent dans sa contrebasse, c’est souvent pour en sortir un poids-son des profondeurs. Sa façon singulière d’accompagner sa partenaire suggère une longue pratique de l’instrument autant que de cette dernière.
L’Amour et La Vie
Carole ouvre le set seule. On découvre une voix colorée et intime qu’elle accompagne au piano de façon ludique et sautillante. Quand Dudule la rejoint, on comprend très vite qu’il se passe quelque chose d’unique, qu’on va passer un bon présent. La vie est là et les racines de ces mondes qui se dévoilent à chaque chanson sentent les sous-bois, l’automne, le silence, l'atmosphère d'une sorte de paix humaine.
Naturelle aussi est leur musique. On la devine naître d’une rumination plaisante d’accords enchantés, trouvés en tapotant un vieux piano, trouvés avec les oreilles plus qu’avec les doigts crochus du solfège théorique. Les portraits dépeignent aussi bien des vies aux anecdotes légères que les mélancolies passagères, les visages de colère. Tout passe dans la voix, dans l’intention musicale, et l'on s’identifie sans peine à tous ces paysages humains dans un cocon tout bienveillant. "Un damné a oublié sa vie, mais où sont les rires des enfants ?" Ici la musique se fait saccades, houle frissonnante ; la voix, puissante et douloureuse, se charge du sens des mots. Consciente de sa portée, elle vit ses forte loin du micro – ce qui ne gâche rien.
"Ma folie m’empoigne mais elle ne m’aura pas, cette fois ci je gagne ou raison perdra."
"Valse avec toi." Les confidences partagées ne tournent jamais à l’exhibition.
La prise de risque est réelle dans ce qu’ils interprètent tous deux et si l’amour est un thème central dans les textes de la poétesse, il est aussi au cœur de cette scène. Un moment rare.
||Céline Biolzi