Une histoire
de Blanche (comme) Neige
C'était... ciel ! en avril 2003. Le Clou n'existait même pas en projet et cette semence-ci courait encore les salles pour le compte d'un grand quotidien régional assez connu par chez nous. Le Printemps du Rire, lui, existait déjà, et le théâtre de Poche aussi où l'on pouvait voir une fort décapante Blanche, assez peu nivale malgré le titre du spectacle : Je m'appelle Blanche comme neige.
Le même ? Pas tout à fait le même ? Toujours est-il que Blanche (comme) Neige revient au théâtre de Poche à l'occasion de la prima vera rigolarde nouvelle - l'occasion ou jamais de citer ce que nous en écrivions alors.
Ceux qui ont vu "Mon canari se savonne sous la douche", délirante chronique d'une vie de prêtre avec femme et enfants, ont pu se faire une idée de l'humour pour le moins grinçant de Jean-Paul Olivier. Le voici qui récidive, à l'occasion du Printemps du Rire, en créant "Je m'appelle Blanche comme Neige" au Théâtre de Poche.
"Pourquoi les hommes sont-ils si différents des femmes ?" se demande Blanche dans sa petite chambre au lit rouge, entre une chaise, un balai rouges et un petit sac rouge empli de bonbons multicolores. En nuisette rouge sous un peignoir blanc, avec bottes en caoutchouc. Vert. Car Blanche, à l'instar de son neigeux homonyme, en a connu sept – amours, dont une femme et un homo – et autant d'échecs. Elle s'en est séparée. Si le triste sort de chacun ne fait aucun doute, les circonstances restent vagues et seul le cas du quatrième est clair : fonctionnaire, il s'abat foudroyé à l'annonce du passage aux trente-cinq heures, avant d'être renvoyé à sa mère avec un canapé. Blanche est libre, indépendante, moderne. Seule. Et définitivement cintrée.
Jean-Paul Olivier a le rire moqueur, la critique féroce et l'humour sulfurique. Les hommes, conformément au programme, en prennent largement pour leur grade ; mais avec eux les femmes, l'amour, la liberté, le couple et le monôme, le genre humain et ses travers, ses engouements ridicules, du foot au portable en passant par la chasse en baie de Somme. Le tout avec une si rude causticité qu'on croirait ne pas pouvoir en rire, même jaune, et une telle jubilation qu'on en rit malgré tout. Œil pétillant, bouche à cent sourires, commissure boudeuse et voix d'enfant, Emilie Dejean campe pour sa part une Blanche en perpétuel mouvement, hilarante et risible, pathétique, fissurée jusqu'aux tréfonds malgré son psy, son docteur et sa valise d'anxiolytiques – un crève-cœur sous de jolies fossettes.
Ce serait, d'après l'auteur, un hommage aux femmes. Craignons le jour où il voudra les critiquer… et méfions-nous des Blanche-Neige. II
J-O. Badia
Du 17 au 20 mars, à 21h.
Théâtre de Poche,
10 rue d'El-Alamein à Toulouse.
Tel. 05 61 48 25 52.
www.theatredepoche.com

Maria Dolorès y Los Crucificados. (Photo Djeyo / Archives Le Clou dans la Planche)
Motherfucker ! (article paru le 20 décembre 2007)
J’ai toujours bien aimé les hot dogs. Les vrais, ceux des fêtes foraines, qu’on consomme nonchalamment entre un manège à lampions et une piste d’autos tampons. La rondeur craquante de la saucisse et la violence de la moutarde savourés dans le capharnaüm des lumières et des flonflons en font l’exemple même de la détente heureuse. Le Hot Dog que servait Mallory Casas sur les planches du Grand Rond et ailleurs est du même goût : rond et piquant, incongru et délicieusement violent, bordélique, jouissif, roboratif.
Il revient cette semaine, rebaptisé Showbiz Art, au Pont Neuf.
Rappelez-vous : vous aviez entre dix et treize ans, quelque part entre 1975 et 1995. Vous ne ratiez rien des pires productions télévisuelles, emballés aussi bien par les savonnettes lyriques (soap operas) et les comédies de situation (sitcoms) que par les dessins animés US ou jap (cartoons, mangas), frissonnifères (thrillers) et autres feuilletons sous-policiers, aventuriers ou d’exécrable anticipation (serials). Parfois même une gastro providentielle vous autorisait-elle à savourer les plaisirs du téléfilm de 13h30, où les clichés valsaient avec les poncifs sans éviter les lieux communs. Pourquoi, d’ailleurs, écrire au passé ? Rien n’a changé.
Showbiz Art, donc, résume tout cela avec une maestria réjouissante.
Premier étage : tout commence en drame social et en région parisienne avec Marcel, chômeur de 40 ans, sa compagne alcoolique, leur banlieue grise et leurs destins plombés. Bonne histoire mais bon, ça manque tout de même un peu de peps. D’humour, d’action, de guns, de suspense et même de cul. Heureusement, le producteur ("Motherfucker !") est là pour conseiller l’auteur.
Deuxième étage : le home théâtre comme si vous y étiez, ou comment faire d’une bonne (?) dramatique vouée à la confidentialité un mauvais prime satellisé au firmament audiovisuel par l’Audimat. Départ pour Malibu-sur-Garonne, où Karen, veuve encombrée d’un ado en mal de maturité et de figure paternelle, rêve d’un bel inconnu entre les galipettes du chien Roger Gicquel et les cui-cui (« Motherfucker ! ») du mainate ou du canari. Dans la rue bien proprette, Jerry, le pandore local à l’asseng bieng de chez nous, ne souhaite rien tant que consoler la pauvrette avec son gros calibre, malgré ses deux scènes seulement. Arrive le bel inconnu – ah ! Bricko. Un cas d’école : nudiste en chemise de bûcheron, schizo double face, serial bricoleur à tendances zoophiles et père de substitution rejeté. Coupure publicitaire, à suivre…
Et la suite, justement, nous n’en dirons rien. Ce serait vraiment dommage.
Troisième étage, cependant : pirouette, galipette et mise en abyme – avec un y, s’il vous plaît, sinon y a pas jeu – intervention du Créateur, punition des méchants, résurrection des créatures ("Motherfucker !") et ultime coup de pied à la lune. Ouf.
Il y en a, tel Mallory Casas, qui sont capables de tout. De ficeler avec bonheur une histoire plus fumée que saumon à Noël, mais à la mécanique ajustée façon coucou suisse. De se la mettre en scène et à l’écran. Et même de la jouer.
Seul. Un exploit vraiment pas mince : dix, vingt ou trente personnages à tenir, avec bascules sans transition, un minimum de décor (un fauteuil, une chaise ; les lumières, très travaillées, font le reste) et guère plus d’accessoires (lunettes Ranxerox, serviette de bain, bas, deux tubes de mousse isolante) – à fond les ballons, sans plaindre l’énergie ni éviter l’outrance. Très maîtrisée, l’outrance – vive la caricature, tout est dans les commissures. Très maîtrisée aussi, la gestuelle, sans laquelle il n’y aurait ni arbre ni placard ni cage ("Motherfucker !"), ni meurtre ni baisers. Très maîtrisé enfin, le rythme, endiablé dans le plus tranquille des cas et appuyé sur tous les ressorts dramatiques possibles et imaginables.
Pas maîtrisé du tout, par contre, le déboyautage des spectateurs tourneboulés par ce grand cirque audiotéléthéâtral comme socquettes à l’essorage…
[...]
Vous ne regarderez plus votre écran comme avant. II - J-O. Badia
Showbiz Art - Cie La Fabrique. De et avec Mallory Casas.
Du 9 au 13 mars à 21h. Durée 1h20. Tarifs 8 et 12 €. Théâtre du Pont Neuf, 8 place Arzac à Toulouse. Tel. 05 62 21 51 78. www.theatedupontneuf.fr