Article paru le 11 septembre 2008
Le Vieil homme et le brochet : le titre sonne comme un roman d’Hemingway et c’est aussi l’histoire d’une nature enchantée que nous propose Laetitia Boss, auteur et comédienne de ce spectacle pour enfants mis en scène par Mary Lynn Clarke. Laetitia a promené son petit monde vert (au théâtre du Fil à Plomb notamment, comme à celui du Grand Rond), la voici de nouveau au théâtre de la Violette où on la vit aussi : la reprise d’un bijou de spectacle [...].
Entre la Corrèze et le King : le brochet
Raccourci opaque d’une fable farfelue... Commençons par le début : un vieil homme nommé Vicente quitte son Italie natale pour s’installer au pays du milhassou et du tourtou, attiré par des paysages tout en fleurs et en fruits (vous en voulez ? approchez), gagnant ce havre bucolique, «loin des hommes, de leurs commérages et de leur bêtise». Enfin, pas suffisamment loin, à en juger par ses mésaventures avec les autochtones…
Les sympathiques, tout d’abord : Léon le polisson, qui a la tête pleine d’idées et de catastrophes, Jeanette la Coquette, qui perd son temps à se pomponner, et Fernand le Géant, sous le manteau duquel s’abritent les oiseaux. Puis le reste du monde : les nigauds et égoïstes bourgeois, qui ne sont pas même capables d’apprécier la merveille du lac…
Un brochet, disions-nous. Le rencontrer sera pour Vicente un véritable périple, de la légende jusqu’au toucher, de l’incrédulité jusqu’au ravissement. Un problème, tout de même : les brochets, ça vit dans l’eau. Et l’eau ne fait que rarement du bien à qui ne sait pas nager… Et puis bon, un brochet coiffé à la Dick Rivers et rock’n bullant comme Elvis, ce n’est pas le genre de phénomène que les bourgeois regardent sans arrière-pensée : une merveille de cet acabit pourrait bien remplir les bourses ! Pour Vicente et sa troupe, le grand combat écolomélomane commence. Andiamo !

Féerie moderne
Du bois et des matériaux naturels ? Nenni, la fantaisie est remise au goût du jour. La lutinante et facétieuse Laetitia, tout de poils et de fleurs vêtue, verte au dernier degré, évolue sur une scène tamisée où chatoient des guirlandes, des Jack’o Lanterns métalliques aux regards jaunes et verts. Dans cette semi obscurité, quelques étrangetés se détachent : un saule pleureur en métal, dont la tuyauterie ployante caresse les planches, scintille de tous ses bourgeons ; un petit bassin représentant le lac reflète sur le visage de la comédienne ses luminescences aquatiques. Une scénographie chiadée qui régale les yeux.
La comédienne, outre son sourire malicieux qui pétille et pétule, fait preuve d’une énergie remarquable. Elle assume tous les personnages grâce à un jeu précis, varié, qui permet aux enfants de ne pas se perdre dans cette foule bigarrée : c’est un italien à l’accent coloré, un vieux grigou courant après son argent, une coquette, une mégère, bref, tout ce que vous voulez… Laetitia chante, danse, rock’n bulle elle aussi sur une bande-son tout ce qu’il y a de plus entraînante.
Il n’y en a pas que pour l’œil et pour l’oreille, et le jeune public trouvera dans la fable quelques petites idées sur la vie, sur les relations humaines, sur les ponts qui relient le monde réel et le rêve : un lien fragile, à nourrir en soi et à respecter. Le Vieil homme et le brochet, ou comment apprivoiser les merveilles qui dorment dans notre imagination.
Un tourbillon de joie et d’humanité, un vent de magie. II - Manon Ona