Face à un émerveillement certain et un non moins certain snobisme, les magiciens – ces artistes de la marge, il faut bien le dire, plus encore que leurs lointains cousins circassiens et leurs numéros – hantent parfois nos salles de leur petit univers en mouvement et réinvention continuelle. Peut-être que leur rare présence est à mettre sur le compte des grands cabarets et autres Patrick-sébastiennades, qui à force de paillettes, de strass, de roulements de tambour et d’applauses, ont donné à cette discipline artistique une vieille étiquette "variété française" qui ne met guère l’eau à la bouche…
Et pourtant l’espèce magicien ne s’est pas totalement éteinte et les enfants y trouvent toujours de quoi réjouir leurs mirettes, sans compter que les accompagnateurs plus âgés, Patrick Sébastien ou pas, savent encore lâcher quelques "ooooh" admiratifs. Il en faut peu, à vrai dire, quand on a une trentaine de tours en réserve : nul besoin d’assistance pour David Sauvage, que le Théâtre de la Violette accueille : "Ma vie en magie", ou quarante-cinq minutes de tours colorés en compagnie de ce monsieur qui, notons-le, propose le soir dans cette même salle son one-man-show "Pas fini" – pour le sourire toujours.
"Bah qu’est-ce que vous faites chez moi ?", demande le magicien à son jeune public, qui vient d’assister à son laborieux petit-déjeuner magique… Il faut dire qu’il se passe des choses étranges dans cette cuisine matinale : du paquet de céréales Caramel coated wheat sortent, en lieu et place des gourmandises attendues, une brosse à quenottes et un rasoir – eh bien quoi, cela peut toujours servir.
C’est pratique, une vie de magicien : si on n’aime pas les bananes, un coup de briquet et puis tout de suite les choses deviennent plus intéressantes, prennent magiquement la forme d’un muffin…


