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Le paradoxe
de Tonton Alain

Le festival "Détours de chant !" se poursuit avec,
entre autres, les distiques et facéties d'Alain Sourigues
et ses compères, au Bijou.

Le Bijou accueille jusqu'au 13 mars Alain Sourigues et ses deux musiciens pour une étude "stylistico-marrante" et musicale (termes mûrement réfléchis, on vous l’assure).
Lors des repas de famille, il y a toujours un oncle qu’on aime bien, qui est le roi du calembour, qui sait mettre l’ambiance. Qui, entre l’entrée et le gigot, sait lâcher "Le chiwawa est un chien dont les préoccupations principales sont contenues dans son nom : chie-ouaoua", pour le plaisir des convives et le malheur de Mamie Huguette qui s’est escrimée à faire un repas décent pour quinze personnes. Alain Sourigues donne l’impression d’être ce tonton adoré, mais à contenir. La tablée dominicale en moins, des instruments en plus.


Le chanteur aux mille jeux de mots ne se contente pas de faire tourner les serviettes et d’ajouter des "poils au nez" à chaque phrase. C’est avant tout un amoureux de la langue, un expert de la figure de style, qui joue sur la facilité, sur le déjà-vu des proverbes et les malmène tendrement mais sûrement.
Le groupe, puisque le chanteur-humoriste est accompagné de sa victime favorite, le guitariste Jules Thévenot, et de son chouchou le contrebassiste Bruno Camiade, reçoit le public comme à la maison, à la bonne franquette, mais une franquette tout de même bien préparée. On ressent un long travail d’écriture, d’interactions avec les musiciens qui sont également les compositeurs ou arrangeurs des morceaux proposés. Mais Alain Sourigues ne propose pas que de la musique. Il nous offre son univers : Kiki, son chien, imaginaire pour ceux qui manquent de cœur, Frida dont il aime "les œufs au plat", ses souvenirs d’enfance, de vie, de chanteur débutant.
Derrière ce grand type à l’accent marqué (des Landes) et joué aussi, forcément se trouvent une culture de l’humour, de belles influences. Celle de Goscinny, de Voutch pour les situations cocasses et parfois enfantines. Alain Sourigues, c’est sûrement le Petit Nicolas qui aurait grandi. De Sempé, le Nicolas, pas celui de l’Elysée. La surprise réside d’autre part dans le fait que la politique est complètement absente de ses chansons. Une facilité à laquelle il aurait été pourtant si facile de succomber. Rien d’engagé donc, mais aussi rien de vulgaire. On n’est pas chez Patrick Sébastien.
Le sourire aux lèvres à chaque instant, chaque couplet semble ciselé pour arracher au public un éclat de rire ou une larme. Comme si Tonton Alain nous faisait des chatouilles avec ses mots, nous prenant avec douceur au cœur et à l’âme.


Le distique est fatalement drôle. On rappellera qu’il s’agit d’une réunion de deux vers, formant un ensemble complet par le sens. La leçon s’arrêtera là. Il n’y a aucune ambition pédagogique, dénonciatrice, moralisante. Juste des moments incongrus, saisissants et émouvants lâchés dans l’atmosphère attentive de la salle de l’avenue de Muret. Musicalement, ça sent le Brassens, le Brel, la Juliette, mais avec toujours cette volonté farouche de ne pas prolonger une idée tout le long d’une chanson, juste deux vers, pour en tirer principalement un humour et une légèreté rarement égalés dans la chanson française actuelle.
Alain Sourigues n’hésite pas un instant à prendre le public à partie, à discuter, provoquer. Une dame au bon répondant sera sa complice d’un soir. Une autre sera préposée à la rythmique de l’un des morceaux avec un œuf plein de riz, l’instrument étant musicalement et joliment amené, d’ailleurs. Le chanteur ne se démonte pas, chante, par exemple, sa chanson "Poings dans la gueule", yeux dans les yeux avec un gaillard de deux mètres qui saurait quoi lui répondre, sans paroles, bien entendu. Tout est bien entendu servi sur un ton très théâtral, volontairement marqué. Les alexandrins et les rimes claquent avec efficacité, on sait que le discours est répété, éprouvé mais on accepte de se laisser prendre.
Le rappel emballe le spectateur, fait oublier le sentiment de facilité qui chiffonne un peu au début, puisque c’est un véritable mini-spectacle en cinq chansons toutes aussi improbables et précises les unes que les autres. Le public est conquis, ça frappe dans les mains de joie, comme à Guignol. Si bien que tous s’étonnent d’avoir retrouver ce réflexe que notre morale d’adulte sage et organisé nous interdit formellement. Mais la forme est tellement décortiquée et efficace que l’entorse est vite faire à notre raideur habituelle.
A vingt ou à cent, le chansonnier et ses compères sauront faire vivre aux spectateurs une soirée exquise et biscornue. Alors ne boudons pas notre plaisir, allons applaudir sans complexes, comme des enfants, ce spectacle d’une grande fraîcheur et d’une belle humanité. II

Lucien-Christophe Hernandez

Alain Sourigues
Alain Sourigues. (Photos Studio Ernest et DR)









Chanson - festival Détours de chant !
Alain Sourigues
Avec Alain Sourigues (guitare, chant), Jules Thévenot (guitare),
Bruno Camiade (contrebasse).

Le Bijou, 123 avenue de Muret à Toulouse.
Tel. 05 61 42 95 07. www.le-bijou.net
Tout le programme sur www.detoursdechant.com
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