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Baignoire avec vue

Rebaptisée J'ai 30 ans et tout le monde s'en fout,
La salle de bain rouvre sa porte sur salon aux Trois T.
Article paru le 15 avril 2009

"La preuve que le théâtre est un endroit singulier :
on s’habille pour entrer dans une baignoire." André Birabeau


Le théâtre n’est plus ce qu’il était : en d’autres temps, la scène avait un côté cour et un côté jardin ; avec La salle de bain d’Astrid Veillon que reprend Gérard Pinter aux Trois T sous le (mauvais) titre J'ai 30 ans et tout le monde s'en fout, elle a désormais un côté salon et un côté WC. Tout fout l’camp… sauf l’humour, porté par cinq comédiennes de bel aloi rescapées des précédentes créations du lieu (Les monologues du vagin, Arrête de pleurer Pénélope et Les amazones) et un texte sans temps mort.

Scènes de la vie à trente ans
Loulou est heureuse. Ra-vie : trente ans, une bonne situation et toutes les copines à la maison pour une fiesta d’anniversaire à tout casser. Sauf que voilà, ça ne va pas du tout. Le cœur, n’est-ce pas, toujours lui, qui réclame sa part de grand frisson et d’homme idéal, quand le seul qui valait le coup l’a laissé tout seulabre et morfondu. Ce qui ne serait encore rien s’il n’y avait justement toutes ces bonnes copines qui semblent s’être données le mot pour flinguer le moral de la nouvelle trentenaire et Moumoune, pétulante mère sexagénaire revenue de tout et bien décidée à faire le bonheur de sa fille, y compris malgré elle, et à lui coller sur la tête une ridicule paire de boules à facettes.
En tête du peloton des bonnes âmes, Marie. Le parangon de la mère à foyer à la vie envahie par mari, enfants, cuisine, ménage et boulot et qui, pour comble de bonheur, vient de se faire lourder par son Jules, ou plus exactement son Charles. En deuxième position, Ange, rustique féministe aux amours sans états d’âme, dont l’entrain brut de décoffrage cache comme il peut le désir ô combien coupable d’être mère. Dernière du tiercé perdant, Coco : vingt ans aux quetsches et toute l’inconscience d’un âge dévolu à une sexualité débridée dont les hommes mariés sont les principales victimes. Plus Moumoune, donc, dont l’activité ce soir semble devoir se partager entre conseils horripilants de la femme – pis, de la mère – d’expérience, quête de l’étalon d’un soir et deal de beu.
Dernier refuge de ces femmes plus ou moins proches de la crise de nerf, la salle bain de Loulou, havre de féminine intimité dont la fragile tranquillité se fracasse au rythme des entrées, sorties, claquements de porte et révélations variées sur la vie publique et secrète de l’une ou de l’autre. On ne massacre jamais si bien que sur de la faïence…

Sur le carreau
Astrid Veillon, vicomtesse angevine des magazines, du PAF et du cinéma, n’a pas construit sa notoriété auprès du grand public sur la création dramatique. Elle écrit pourtant en 2003 La salle de bain, aussitôt mis en scène par Jean-Luc Moreau à la Comédie de Paris. Coup d’essai, coup de maître : la comédie connaît un succès immédiat, au point de connaître une version cinématographique nettement moins percutante, "Où sont passés les hommes ?"
On ne dira certes jamais rien de bien neuf sur la trentaine, la quarantaine et l’une ou l’autre des crises qui les accompagnent, pas plus sur les femmes, les hommes et les vicissitudes de leur intimité ; le tout est donc de le porter avec suffisamment d’allant pour faire passer le lieu commun. On pouvait suspecter un poil de coquetterie de la part de Gérard Pinter lorsqu’il déclarait, le soir de la première, qu’il ne savait pas où il allait avec cette pièce : son expérience de la comédie et la distribution de cinq comédiennes largement rodées à l’exercice lui assuraient de bonnes chances de succès.
De fait et en oubliant les inévitables accrocs des créations (ils passeront, comme toujours), La salle de bain laisse le public sur le carreau, essoufflé par le rythme soutenu de scènes conçues pour ne jamais traîner jusqu’à l’ennui. Le reste ne dépend plus que des comédiennes. Sans étonnement, Patricia Karim se lâche et assume son cabotinage dans un rôle qu’on croirait taillé exprès pour elle. Maryline Gendre (la récente Léonie d’Arrête de pleurer Pénélope) et Julie Safon (Les amazones ?) font preuve de leur énergie coutumière, la première impeccable, la seconde à peine trop effacée dans son rôle de Loulou désespérée, tandis que Julie Vilardell tente de donner du corps à une Coco de peu d’importance.
Ceux qui ont goûté Les amazones ne s’étonneront pas de voir Angélique Panchéri prendre le pas sur ses compagnes de scène. Survoltée, tirant à pleine poigne toutes les ficelles du jeu de comédie et volontairement outrancière dans la composition d’un personnage empruntant beaucoup à l’accent et aux attitudes d’un célèbre entraîneur de rugby (promoteur de jambon et secrétaire d’Etat, on vous laisse deviner), elle suffit à elle seule à faire de cette Salle de bain le dernier endroit où l’on rit. Si vous voulez vous rafraîchir… II

Jacques-Olivier Badia

La salle de bain

La salle de bain
Drôles de dames pour ces scènes de la vie en salle de bain. (Photos DR)









Théâtre - comédie
J'ai 30 ans et tout le monde s'en fout
D'après Astrid Veillon
Mise en scène : Gérard Pinter.
Avec Patricia Karim, Angélique Panchéri, Julie Safon,
Isabelle Cargue de Besaucele et Julie Vilardell.


Durée 1h20.
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La salle de bain