Elle parle et lui chante, elle conte et lui rythme : Anne-Marie Lopez del Rio et Luc Baron, de la compagnie Le Fil d’Or, mêlent leurs voix talentueuses pour un étrange Rendez-vous amoureux. Des plus intimistes, le rendez-vous.
"Qu’avait-elle bien pu faire, pu dire,
cette toute jeune fille… ?" Les premiers mots s’interrogent, se révoltent contre une fin de femme. L’inexplicable fin, qui est aussi un autre début de femme : morte amoureuse qui sort des eaux, hameçonnée par un jeune pêcheur. Morte amoureuse qui le poursuit du cliquetis de ses os, grotesque squelette qui retrouvera ses chairs pour un dernier acte d’amour.
Puis les mots sautent et content les commencements de Louise : l’enfant Louise, l’adolescente Louise, éprise de liberté, nourrie à la sève des grands penseurs : Marx et Trotski, dans la sacoche tout comme Nietzsche, oreille sorbonnarde à l’écoute de Sartre… Fille du printemps des barricades, cherchant dans ses livres philosophiques et sociologiques les pavés à jeter le lendemain.
Plus tard, Louise apprendra à lire avec son cœur et son corps : découverte de Giono, rencontre des plus charnelles avec cette écriture consistante, ce très palpable éloge des campagnes. De nombreux cris de femmes, aussi, dans sa bibliothèque : des Simone de Beauvoir et autres filles rangées qui l’accompagnent dans son voyage féminin.
Et l’amour ? Oui, certainement, mais l’amant de ses rendez-vous aura toujours des pages neuves à tourner…

Très bel hommage à la littérature que ce conte labyrinthique, histoire alambiquée qui nous perd quelque peu entre son personnage principal, ses micro-histoires enchâssées et ses références littéraires (dont Eluard et son poème "Liberté"), mais qui toujours nous rattrape par cette célébration du livre et cet amour des mots.
On reprocherait peut-être à l’auteure l’écriture de son personnage, tout entier défini par le rapport passionné qu’il entretient avec le monde : un personnage qui ne serait qu’amour et révolte, abstractions parmi lesquelles les amateurs d’histoires devront renoncer à trouver un fil biographique. Qu’importe, tout est une affaire de goûts. Plus gênant, le sentiment de suivre un personnage qui semble parfois n’être que le prétexte à cet éloge vibrant. Peut-être que ceci est plus important que cela : peut-être ce conte est-il surtout une belle déclaration d’amour.
Côté jeu, l’originalité est de mise et c’est un bien étrange duo que nous propose la compagnie Le Fil d’Or. Elle, précise et mesurée souvent, fantaisiste parfois, mène la narration de sa voix chaude. Lui, présence fantomatique, hante musicalement et physiquement les mots : chants a capella, instrumentation variée réquisitionnant parfois le corps, il habille l’histoire d’une toile de fond ou encore dialogue avec le texte.
Les yeux fermés, on s’abandonne volontiers au seul plaisir de l’oreille, tant s’impose cet entrelacs sonore. II
Manon Ona