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Les marionnettes
jouent cartes sur table

Mercredi après-midi, petits et grands
étaient aux Rendez-vous marionnettiques
du Chapeau Rouge. Tour de table des animaux.

Deux comédiennes manipulatrices, une table en bois, quelques peluches et accessoires et le spectacle commence. L’une conte, l’autre mime et promène sur sa table un lapin enlevé par un renard, un loup qui rôde dans une forêt, trois rats squattant un terrain vague ou un dinosaure qui refuse de dormir. Quatre histoires se succèdent et emmènent les enfants en vacances au pays où les animaux ont aussi la parole.

Promenons-nous dans les bois tant que le loup n’y est pas, chante avec insouciance le Petit Chaperon rouge. Mais le loup de cette forêt a besoin de faire rehausser son ego et à l’approche de quelques personnages des contes enfantins (les trois petits cochons, les sept nains et le chaperon), s’abstient de les dévorer, préférant leur poser sa question existentielle : "Qui c’est le plus fort ?" La réponse va de soi et même les trois petits cochons qui poussaient la chansonnette, "qui craint le grand méchant loup, c’est pas nous, c’est pas nous", déguerpissent aussi sec. Seul un crapaud fait de la résistance en clamant sans vergogne "la plus forte, c’est ma maman !" Et soudain surgit en arrière-plan une bestiole géante, à mi-chemin entre le crapaud et le dinosaure, devant laquelle le seigneur des sous-bois fait tout à coup triste figure.
Il y a aussi dans cette forêt l’histoire d’un renard qui enlève un petit lapin afin que son fiston découvre cette race d’animaux aux grandes oreilles et se remplisse la panse par la même occasion. Mais au grand dam du père renard, son fils et Jeannot lapin deviennent bons amis, si bien que le petit lapin sera rendu sain et sauf au foyer maternel…
Il y a encore l’histoire de Ratinos, Ratinas et Ratinus qui vivent paisiblement au cœur d’un terrain vague excepté les mercredis, jour fatidique où un terrible chien vient voir ce qu’il peut se mettre sous la dent. Ratiné, nouvel arrivant dans les humbles tuyaux qui leur servent de demeure, fait oublier l’espace d’un instant aux trois rats qu’ils sont mercredi, insouciance qui leur sera fatale.
La dernière histoire est celle d’un dinosaure, vrai garnement qui ne fait que des bêtises. Sa mère, exaspérée, réprimande ce "petit monstre", lequel n’est pas prêt de s’assagir…


Trois p’tits tours et puis s’en vont
Il est loin le temps de Guignol où les comédiens, cachés derrière leur castelet, maniaient des marionnettes à gaine et faisaient rire immanquablement petits et grands en utilisant pourtant les mêmes ficelles.
Ici, même si les enfants sont toujours bon public, le spectacle ne présente pas un grand intérêt et l’effet comique ne prend pas. Est-ce dû au principe des marionnettes sur table, où les comédiennes sont visibles du public et agitent de simples peluches en guise de marionnettes ? Ou est-ce plutôt dû au manque d’originalité des histoires et à la manière un peu mièvre de les raconter et de les interpréter ?
Malgré une bonne trouvaille, malheureusement à peine exploitée, celle de la projection de formes animales en ombres chinoises derrière une toile blanche, le spectacle manque de relief et d’ampleur, dimension regrettable quand on sait que l’imaginaire enfantin fourmille de créativité et d’inventivité.
Pourquoi donc se borner à faire surgir de derrière les buissons quelques personnages des grands classiques pour enfants (le loup, le Petit Chaperon rouge, les trois petits cochons etc.) sans vraiment les revisiter ou en faire quelque chose de nouveau et d’original ? Depuis quand serait-ce la condition sine qua non d’un spectacle pour des enfants à partir de trois ans ? Pourquoi livrer aux enfants, comme dans la dernière histoire, le schéma du fils qui fait des bêtises et que sa maman gronde dans des couplets un peu moralisateurs. Est-ce pour leur rappeler ce qui les attend à la maison ? Leur montrer qu’y a pas qu’eux au monde qui mettent le souk dans leur chambre et que leur maman ressemble à toutes les autres?
Il est dommage, dans un spectacle pour enfants qui devrait les emporter dans l’univers du conte où l’imagination est reine, de s’attarder sur ce type de clichés et de considérations. Gare à ne pas tomber dans la facilité, le monde de l’enfance est trop précieux et riche pour cela. Encore faut-il être en mesure de l’exploiter. Et s’ils demeurent moins exigeants que leurs parents, les enfants sauront vite, dans leur expérience de jeune public, se souvenir de ce qui les a marqué et distinguer le bon… du moins bon. II

Mélinée Benamou

Rendez-vous marionnettiques
Le dinosaure et les rats... (Photos Camile Chalain / Le Clou dans la Planche)










Marionnettes sur table
Les rendez-vous marionnettiques
Théâtre du Chamboulé / Cie Rouge les Anges.
D'après les textes de Claude Boujon et Mario Ramos.

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