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Le ptit m'onde
des Ptits T'hommes

Les inénarrables Ptits T'hommes se produiront
le 28 février à la Halle aux Grains de Samatan (Gers).
Article paru le 19 décembre 2008

On trouve, sur les scènes comme dans le considérable fatras de Maillespeillesse, Ioutioube et consorts, de grands et beaux auteurs et -euses, compositeurs et -euses, chanteurs et -euses (...). Mais parmi tant d'emprunts, de redites, de déjà-entendu, d'insubstantielles évanescences maquillées en profondeurs, qu'on se prend à désirer (...) la spontanéité de l'hors-système, les humours de traverse, un lexique de plus de cinq cents mots et surtout, surtout, surtout : les histoires neuves nées de monde inconnu – le nôtre, par exemple. Aussi faut-il, pour ceux qui seront dans le coin, aller écouter les Ptits T'hommes à la Halle aux Grains de Samatan. Et tagada ploum ploum.


"Ici pas de chou, pas de rose..."
La vue de la seule scène suffirait à faire baver d'avidité un brocanteur. Il y trône un fauteuil style Louis XV à la panse éventrée, un piano droit dont le bois semble avoir été victime de massue de titan, un réverbère modèle 1954, un indémêlable capharnaüm où l'on devine un vieux faitout, la jante plus voilée que nonne d'une antique roue de bicyclette, grillages, anneau digne de tirer les boeufs et ferrailles aplaties. Plus contrebasse en lustre, guitare, clarinette, accordéon puisque tout de même musique, chanson etc.
Ceux qui débarquent et se faufilent, perchent ou plantent sont à l'avenant : casquette plate de petite gouape et chapeau tordu en tuyau de poêle, guêtres râpées, marcel informe, pantalons à boutons et manteaux effrangés – tous gueules d'anges mais hirsutes à terrifier le bourgeois, comme le terrifierait le grondement des peaux sous la mailloche, le jeu vaguement menaçant de la contrebasse, le souffle de la clarinette.
"Dans un atelier sombre, dans une maison noire..." Là vit le distilleur d'histoires, inquiétant avatar des Ptits T'hommes eux-mêmes, "pressant ici un livre pour en tirer le jus", extrayant les "substrats volages" de tomes odorants, conservant dans le formol le meilleur des mots. Ainsi l'auditeur imprudent, mais ravi, se retrouve-t-il accoudé au comptoir des histoires où l'on se soûle de chants désespérés en sirotant quelque liqueur du passé. Ainsi peut-il entendre la légende vraie, puisque entièrement inventée, de l'ogresse chanteuse de berceuse, ainsi vient-il s'énamourer auprès du vendeur de bisous, ainsi s'étonne-t-il avec le village entier de cet arbre centenaire apparu dans l'étang, un beau matin, planté debout sur ses racines à la surface de l'eau calme. Il y découvrira le bal des acéphales où des êtres "bossus comme des pommes de terre" déclament du Baudelaire ; retrouvera la théorie familière des canards boiteux, boucs émissaires, bécasses dindes et manchots ; verra les ange méprisants assis aux embrasures des fenêtres, l'enfant né de la fabrique, le prince mou et sa princesse en tour. Et tagada ploum ploum.

"Ils n'ont pas peur du loup, ils n'ont pas peur du noir..."
Les Ptits T'hommes, ce sont les Pieds Nickelés (plus deux cousins...) revus par Tim Burton, Croquignol, Ribouldingue et Filochard alliés à Quick et Flupke, tous en goguette avec Willy Wonka et l'étrange M. Jack dans un monde brimbalant de casseroles trouées et de machines dignes de "La fiancée du monstre" (Ed Wood, 1955). Autant dire un univers en soi, tout ce qu'il y a de plus autonome et dont on imagine volontiers le ciel parsemé de nuages roses, mais de sang écoulé et d'émois inavouables.
Ce n'est pas un simple tour de chant, mais un spectacle à part entière dont chacun des interprètes est personnage, chacun avec son caractère affirmé et constant, chacun dans l'environnement qui est le sien, de préférence foutraque et dépareillé. Chacun avec son instrument, aussi bien, dont l'aspect miteux ne doit pas faire illusion : l'archet a beau pendouiller du crin, le piano pencher de la caisse, un porte-voix servir occasionnellement de micro, les doigts et voix qui en jouent sont experts en manipulations musicales. En sortent de vraies ou fausses improvisations dignes du jazz le plus free, des battues de gratte aux échos folkisants, des fureurs rock que tempèrent gigues guillerettes, mélodies d'ambiance et salmigondis divers avec un éclectisme qu'unifie un style à nul autre pareil. Du nanan.
Fol entrain, connivence et pataquès virant en rigolade ne cachent, comme bien souvent, que l'aisance née du travail bien fait et sans cesse remis sur le métier, le délice de textes ciselés par plume fine, le pur bonheur d'être en scène. Avec tout ça comment l'auditeur, fût-il salement encombré des portugaises, pourrait-il rester sur son quant-à-soi ? Cela applaudit donc dans la salle, à tour de bras et tout bout de champ, bat la mesure et chante en choeur au moindre prétexte. Se régale les mirettes dans les clignotements ombreux du vieux réverbère. S'ébaubit sans retenue. Et suit la joyeuse bande (...) pour un dernier morceau mêlant les parfums saumâtres du Mississippi au parfum du bayou. En bref : tagada ploum ploum, "on n'a pas besoin d'ange pour être heureux..." II

Jacques-Olivier Badia

Les Ptits T'hommes
Les Ptits T'hommes au grand complet. (Photos Djeyo / Archives Le Clou dans la Planche)







Chanson française
Le Comptoir des Histoires
Les Ptits T'hommes : Manu Galure (chant), Luc Debehogne (guitare, clarinette), Simon Valière (piano, accordéon), Emmanuel Panier (contrebasse, guitare), Xavier Dutrouilh (batterie, percussions).
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Les Ptits T'hommes 2