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Le drame tranquille

Marie-José Malis met en scène un Prince de Hombourg fidèle et serein, porté par des comédiens exemplaires
sur la scène du théâtre Garonne.

Quelle histoire tout de même, que celle de ce prince un peu immature, tout à ses rêves de gloires militaires et sentimentales ! Arthur de Hombourg, officier en charge d’une cavalerie dans le conflit qui oppose la Prusse aux Suédois, est si débordé par ses désirs, si plein d’impétuosité et en même temps si désarmant d’ingénuité, qu’il finit par commettre l’erreur suprême : contrevenir aux instructions de son état-major.
Le drame, on l’imagine : la loi martiale se prononce en faveur de la peine capitale. Et si seul le Prince Electeur, à la tête de la province de Brandebourg, peut empêcher la funeste sentence, personne ne semble pouvoir l’entraîner dans cette direction. Ni Nathalie, la jeune fiancée d’Arthur (dont l’Electeur est le tuteur), ni l’Electrice, ni enfin la garde fidèle et au-delà toute l’armée entière pour laquelle le jeune officier fait figure de héros. Et quand bien même la certitude de l’Electeur vacillerait ? Nous sommes dans un drame romantique. Pire que les règles martiales qui sacrifient l’homme aux intérêts de la patrie, pire que tous les hoquets dramatiques qui secouent une narration, pire que tout cela, ce sont les tumultes intimes logeant dans le cœur du héros romantique qui le conduisent toujours à sa perte (ici, le Prince aimé de tous s’entête à vouloir expier sa faute).
Pourtant, même si elle est douloureuse, cette folie est la véritable matière du drame ; c’est elle qui enfante ces personnages toujours aux bords du précipice, si absolus qu’une fois croisé leur visage blafard, on ne pourra plus jamais les oublier. Comme le Lorenzaccio de Musset, le Hombourg de Kleist, ici admirablement incarné par Victor Ponomarev, habitera longtemps nos consciences.


Alors, évidemment, la pièce est interminable. Indéfiniment longue avec ses trois heures trente de représentation, sans entracte. Avec ce texte de Kleist qui ne sait pas conclure et où le dénouement n’en finit plus de se dénouer comme dans un épisode de soap opera américain.
Evidemment, la mise en scène de Marie-José Malis n’est pas turbulente, portée uniment par le texte de Heinrich Von Kleist et non par quelque instrumentalisation théâtrale pour séduction facile. Il est vrai que l’on peut souffrir par moment, jusqu’à se demander pourquoi on n’a pas repris certaines scènes avec plus de vigueur, faisant jouer le grand principe du saut dans le temps, au moyen par exemple de didascalies elliptiques… Bref, on aurait supporté quelque licence quant à la pièce-étalon.
Néanmoins, le principe scénographique qu’impose la configuration du Théâtre Garonne, à savoir l’abrogation d’une frontière entre la scène et le public, est une vraie trouvaille qui donne ici plus de force au jeu funeste qui se trame. Nous sommes pris à témoins. On nous parle, nous convoque, nous provoque même. Nous sommes la Patrie prussienne, la masse militaire, la Justice… Un coup, la lumière est projetée sur les personnages en scène, un coup les feux des projecteurs s’attardent sur nous-mêmes. Et ce sont Arthur, Hohenzollern, Nathalie et l’Electeur qui alors nous regardent, spectateurs de notre représentation silencieuse. Ils attendraient presque une réaction de notre part. Un cri de désapprobation, des applaudissements, que sais-je…
Le meilleur vient tout de même lorsque les comédiens prennent le spectacle en main. Comme lors de ce moment de combats, qui une fois n’est pas coutume se trouve être un des plus plaisants de la pièce… Toute la troupe des officiers se presse comme un pack de rugbymen derrière une fenêtre pour raconter dans des éclats de joie manifeste la scène qui se joue sous leurs yeux : la déroute de l’armée suédoise (en hors-scène).
Emmené par un Claude Lévèque magnifique dans le rôle du sémillant colonel Kottwitz – et dont chaque apparition réveille la mise en scène – le groupe formé par ces comédiens est remarquable, juste, sobre, émouvant. Avec une petite palme pour Olivier Horeau dans le rôle du comte Hohenzollern, mi-Patrocle, mi valet de Marivaux, et dont le jeu est décidément plein de séduction… II

Bénédicte Soula

Le prince de Hombourg
Le Prince ? En bas, Marie-José Malis. (Photos DR)





Théâtre
Le prince de Hombourg
De Heinrich von Kleist / Cie La Llevantina
Mise en scène : Marie-José Malis.
Avec : Pascal Batigne, Brice Beaugier, Olivier Coulon-Jablonka, Hélène Delavault, Sylvia Etcheto, Olivier Horeau, Claude Lévèque, Victor Ponomarev, Didier Sauvegrain.

Durée 3h30. Tarifs 11, 16 et 20 €.
Théâtre Garonne, 1 avenue du Château d'Eau à Toulouse.
Tel. 05 62 48 54 77.
www.theatregaronne.com
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Marie-José Malis