Un lieu de résistance pour travailler, inventer, un lieu qui ne se limite pas à la consommation, même de choses très d'avant-garde..." Ainsi Michel Mathieu rappelait-il la vocation de son Ring lorsque, premier parmi ses pairs, il ouvrait dernièrement la saison 2009-2010 d'un premier round communicant. Son Ring ? Voire, puisque la salle de la route de Blagnac n'est pas seulement celle du Théâtre² l'Acte, mais aussi celui de plusieurs groupes et compagnies de styles et de disciplines variés allant de la danse-théâtre de Klassmute à la musique improvisée que promeut l'IREA né de la Flibuste, et de propositions tout aussi diverses. Brève vision d'un premier trimestre bien rempli... et de la suite aussi.
Tous des immigrés ?
La première, et sans doute la plus politique d'un lieu bien engagé, regroupe cette semaine sous le titre "Paroles et corps d'immigration" de multiples rencontres artistiques organisées par Alexandre Fernandez. A l'origine, une réaction au second tour de l'élection présidentielle de 2002, un départ hors de France et la conception d'un triptyque chorégraphique autour des notions de mémoire, de territoire et d'identité. Le premier volet, Solosoliloque, est créé en 2006 à Séville – on pourra le voir au Ring du 1er au 5 décembre. Le second, 36e // y otros paralelos, est donné cette semaine.
Ce n'est bien sûr pas tout, puisque la manifestation ne se veut pas seulement une succession de spectacles, mais un espace de création et de confrontation. On y trouvera donc aussi bien conférences-débats, concerts, lectures, expositions plastiques et multimédia – Virginie Weber et Maria Clark – , impromptus, théâtre ou cinéma, mais aussi la réalisation par des enfants d'un film d'animation (Paroles d'enfants, tourné par Cumulo Nimbus fin août et projeté le 20 septembre) et d'un "portrait vidéo", Terres d'images, réalisé le week-end dernier à la cité Madrid pour recueillir les mémoires immigrées dans le quartier des Sept-Deniers (le 19 septembre).
Et une intéressante réflexion autour du nom et du rapport identité / intégration, qui trouvera son expression dans le débat "Intégration-désintégration" et le solo La marche d'Abdeslam de Michel Raji.
Mais encore...
Autre première en cette saison neuve, l'édition princeps d'Influx, "cycle d'événements interdisciplinaires" liés par la pratique de l'improvisation. Organisé par l'IREA, le festival donnera à voir et entendre, les 15 et 16 octobre, le duo Kormak de Didier Lasserre et Ly Than Tîên – batterie, danse, poésie et chant – Alessandra Rombola dans un solo de flûte, Michel Doneda dans une table ronde consacrée aux données esthétiques de l'improvisation et le duo contrebasse et voix de Phil Minton et Simon Fell.
Côté créations en cet automne naissant, bientôt mourant en hiver, L'instant chorégraphique de la Cie Les Vies dansent (3 et 4 novembre) ; Les quatre jumelles de Copi, monté par les Cies Dies Irae et Mille et un Plateaux (du 8 au 15 décembre) ; Pour le silence (21 et 22 janvier), créé d'après l'oeuvre poétique de Der Daphnis, et un concert de la contrebassiste Joëlle Léandre (9 novembre). A quoi on ajoutera quelques reprises comme la renaissance, du 21 au 31 octobre, des Bonnes de Jean Genet, recréées la saison dernières par le Théâtre² l'Acte au théâtre Garonne, la dernière évolution d'Un arc-en-ciel pour l'occident chrétien de Pascal Delhay et Michel Raji (du 10 au 14 novembre) et une première mouture de "La mémoire des saisons" (18 et 19 décembre).
Et ensuite.
La suite, si elle n'est pas fixée en tous points, laisse déjà entrevoir ce que seront hiver et printemps. On y trouvera – dans le désordre – le metteur en scène Bernard Guittet venu travailler un Oracle en résidence, la troupe du Spectre Malicieux avec Nostos ou la jeune compagnie Molotov, débarquée de Saint-Affrique pour donner Elle est morte. On y retrouvera également Maylis Bouffartigues, qui donnera une suite encore indéterminée à Tria Fata / Les Diseurs ; un "spectacle étrange, onirique et tordu" (c'est Michel Mathieu qui le dit) de la Cie Nanaqui de Céline Astrie, More, déjà présenté à Mix'Art Myris et repris en résidence ; et le mouvementé Marat-Sade d'Eric Sanjou et l'Arène Théâtre, que quelques aventuriers ont pu découvrir cet été dans la campagne tarn-et-garonnaise.
Last but not least, comme disent les Franglais, le festival Hybrides présentera les travaux de Nanaqui encore, mais aussi de Hiatus, du Théâtre Melchior de Bergerac, Lucie Lataste, Spirale 8 ou Théâtre en République. Et du Sarah Kane, et du Rodrigo Garcia... Allons, tous sur le Ring. II
Jacques-Olivier Badia