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Carotte, crêpes
et moutons blonds

Contes en trois couleurs pour les plus petits
au théâtre du Pont Neuf.

Vacances obligent, nombre de salles versent sans barguigner dans le spectacle jeune public. Certaines vont même jusqu'à programmer deux spectacles différents chaque jour – de la même compagnie cependant, car il ne faut tout de même pas exagérer. Ainsi en va-t-il du théâtre du Pont Neuf, qui se partage entre amour de trois oranges (lire l'article) l'après-midi et pour les grands, et Petits contes en cage pour les pitchous du matin, tous contes rendus par le Chergui Théâtre.

Contes gourmands - C'est un étrange bonhomme que celui qui entre en scène, une lourde... malle ? à l'épaule et chapeau melon sur la tête : une espèce de M. Loyal pour le frac, mais mâtiné de Pierrot pour le large pantalon blanc et les ballerines légères, et dont les doigts se partagent bientôt la tâche d'introduire un, deux, trois contes et plus.
Il était donc d'abord une fois une carotte. Qui grandit. Devint appétissante. Suscita la convoitise d'un grand-père. Qui voulut l'arracher. Et n'y arriva point. Sans vouloir en dire trop, le vénérable aïeul dut quérir l'aide de la grand-mère, du garçon, de la fille, du chien, du chat et de la souris avant d'arriver bien involontairement à ses fins. La carotte, elle, connut une fin terrible, mais prévisible : la soupe.
Il était donc ensuite une autre fois trois moutons, la mer et un monstre. Les moutons étaient blonds, gloutons et assez affamés pour vouloir traverser la mer sur un pont et brouter de l'autre côté. Hélas, pas de conte dont le pont ne soit défendu par un monstre, lui-même très friand de moutons, comme par hasard. En guise de compensation, pas de conte non plus dont les moutons ne soient plus malins que le monstre, ou le loup le cas échéant. Ainsi les monstres font-ils ceinture et les moutons bombance.
Il était enfin une dernière fois une petite fille perdue dans la forêt, un ours qui en fit sa servante, une poupée de chiffons et de punaises bleues, un plein panier de crêpes au miel. Devinez qui mangea qui ou quoi et si la fillette parvint à s'échapper... Et comme il n'est pas de conteur sans après-dernière histoire, vient encore un garçonnet amateur de voyage, vent, feuille, pluie, cheval et grain de sel. "Cric, crac, le conte est dans le sac."

Contes en cage 3

Trois tons, trois sons et trois couleurs -
Pas question, dans ce spectacle destiné à un tout jeune public, de se livrer aux facéties de L'amour des trois oranges ; pas question pour autant de se laisser aller à une facilité trop gnangnan. Connaissant son public et son affaire, Jean-Michel Hernandez joue la clarté, l'assise et la surprise.
Clarté d'une écriture scénique fondée sur l'appui des sens, du moins les principaux : trois couleurs pour l'oeil, toutes primaires tandis que le conteur se musse dans la neutralité du noir et blanc ; trois sons pour l'oreille, ressac frouant, échos sourds et tintements, nés d'autant d'instruments – tambourin de pluie, bouteille d'argile à deux cols, piano à doigts ; enfin trois gammes de saveurs pour des papilles juvéniles frustrées par ces contes gourmands : légumes, viande et dessert, un repas complet pour l'imagination et l'imagination seulement, car le p'tit déj' n'est pas si loin.
Assise de contes aux trames classiques, d'un jeu facétieux toujours lisible, de déplacements vifs mais ordonnés, à la gestuelle soigneusement contrôlée. La surprise ? Sans cesse ménagée par l'art du conteur, maître du tempo, des frayeurs et des soulagements, maître surtout de cette cage déguisée en malle d'où sortent tabouret-flèche, tambourin à moutons et si grosse bouteille que le petit verra un tour de magie dans son apparition.
Qu'en dire ? Soignés, parfaitement adaptés à l'âge de leur public et donnés à la juste distance, les Petits contes en cage du Chergui Théâtre embarquent les bambins dès la première minute et ne les lâchent pas. Les plus jeunes s'y feront bien une frayeur ou deux, mais toutes petites ; les plus grands resteront peut-être un chouia sur leur faim, mais guère. Tous, assurément, y passeront un bon moment en terre d'imagination. Bonnes vacances... II

Jacques-Olivier Badia

Contes en cage
Jean-Michel Hernandez en Pierrot Loyal. (Photos Djeyo / Le Clou dans la Planche)









Théâtre - jeune public de 2 à 5 ans
Petits contes en cage
Chergui Théâtre
Mise en scène et interprétation : Jean-Michel Hernandez.

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Contes en cage 2