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Perforeilles, que
le spectacle commence !

Festival de lectures, danse et performances,
Perforeilles
se poursuit au Hangar jusqu'à samedi.

C’est le premier jour du festival qu'organisent Lohengrin, Le Grand Os et la librairie Oh Les Beaux Jours, et déjà fleurit un sentiment de partage. Partage des mots, des textes, des adresses, des contacts pour faire vibrer la vie culturelle de Toulouse avec dix-huit artistes, poètes, danseurs et comédiens. Avant d’entrer dans la salle du Hangar, le public passe par le bar, salle d’attente où l’on peut manger, boire, discuter avec les membres de la compagnie Lohengrin et les auteurs des textes qui seront dispensés avec application par la suite. Ça parle, ça prévoit des collaborations littéraires, des performances dans les différentes salles de la région, ça veut surtout faire vivre le mot, l’extirper et le faire se développer et grandir.

La programmation est multiforme et le programme clair. Le but principal est de faire sonner le mot, de réfléchir sur ce qu’est la langue, sur l’étonnant travail du conteur et du comédien-danseur. On constatera avant tout l’impossible séparation entre le physique et le langage. Tout est question d’attitude et d’interprétation.

"La parole transgresse les corps"
Le premier à s’essayer sur scène est Marc Perrin avec deux textes où répétition rime avec obsession. Le texte est haché, asséné avec une froideur quelque peu violente. L’auteur désire "travailler l’épaisseur du langage pour en retirer le secret et le faire teinter", selon ses propres termes.
Le jeu d’acteur relève ici de la contre-performance physique. Le corps est au service de la simplicité, d’une scansion épurée. Une véritable montée vers l’urgence. La lecture est un peu lapidaire, illustre trop bien le propos, met mal à l’aise. Mais le texte "Pommade", plus léger et plus rythmé encore, présentant un monde où l’homme tente d’aseptiser tout, apportera une touche d’humour salvateur.
Par la suite, les danseurs de la troupe Pasina et Cie entrent en scène ou plutôt dans la mise en en espace des textes d’Aurélio Diaz-Ronda, le responsable de la maison d’éditions Le Grand Os. Les corps deviennent une concrétion de bras, de jambes, de gestes volontairement symboliques qui perdent finalement leur signification.
Le sentiment premier est celui d’une tentative laissant place à un constat de l’échec d’incarner. Femme-girafe, manteaux à pattes de crabes, les danseurs semblent autant de parties du texte jetées sur le plateau et devant acquérir une vie propre. Par l’emploi du grotesque, de l’excès, de formules consacrées, les mots de Diaz-Ronda sont réinventés et méticuleusement exécutés.

La prestation de la compagnie Lohengrin semble en contradiction avec le but de la soirée, à savoir faire le tour des mots et en extraire une performance. L’analyse d’un poème par son et lumière interposés, les contorsions d’une comédienne autour d’une chaise sans une parole, ou les saynètes grognées et caricaturales proposés ne poussent pas à l’immersion dans les mots, dans le décorticage du poème. Il s’agit pourtant d’autant d’études sur ce qui accompagne le texte, ce qui en est le terreau. L’axiome proposé est que la poésie peut reposer seulement dans la sonorité, l’humour, la joliesse des situations.
La soirée est clôturée par Edith Azam, poétesse et performeuse volontairement maladroite de textes où la langue "fait cahuète". A comprendre, pirouette cacahuète, bien sûr. Dotée d’une silhouette de gosse pas sage, d’une diction hésitante qui bute, qui s’exclame, nous découvrons des jours, "du jour on fait compote" ou "de la nuit insomniaque", des univers complets où notre héroïne tombe, découvre et se relève. Habituée de la Cave Poésie, elle sait saisir son auditoire et lui tirer de beaux éclats de rire enfantins.
Ces quatre univers bâtis autour du mot chutent mais se soutiennent. Le Hangar propose donc une soirée des plus variées dans la forme de ses prestations. Le public satisfait continuera la soirée comme elle a commencé, dans l’échange, autour d’un verre ou d’un sandwich. Et pour ceux qui n’aiment pas repartir les mains vides, un CD d’enregistrements réalisés par Sébastien Lespinasse est offert pour revivre, certes sans l’image, le plaisir de ces textes dits, vécus et martelés.
A suivre durant les jours à venir les prestations de Serge Pey, Sébastien Lespinasse, Dominique Sylvestre, Olivier Lamarque ou encore Heddy Boubaker. II

Lucien-Christophe Hernandez

Perforeilles
Lecture et danse à Perforeilles. (Photos L-Chr. Hernandez / Le Clou dans la Planche)






Théâtre / Danse / Poésie / Performances
Perforeilles
Avec : Edith Azam, Marc Perrin, Cie Lohengrin, Aurelio Diaz-Ronda, Pasina & Cie, André Gache, Olivier Lamarque, Serge Pey, Chiara Mulas et Juan Jimena, Yves Le Pestipon, Sébastien Lespinasse, Dominique Silvestre, Heddy Boubaker et Sébastien Cirotteau.

Théâtre Le Hangar, 11 rue des Cheminots à Toulouse.
Tel. 05 61 48 38 29.
http://theatrelehangar.over-blog.fr
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