Elle a une voix qui plafonne haut et vous réchauffe une salle en un couplet. Il n’a que deux mains et une bouche mais pratique à volonté trois instruments. Elle, allure rétro, cintrée dans sa robe rouge à pois blancs, s’adresse au public comme si on était à table en train de prendre un verre ("moi et ma pote Nadia, à l’époque…"). Lui, concentré et très pro, répond parfois à Elle, si provocation il y a : Mélanie Fossier et Pierre Lévy forment le duo plus plus de Nini Des marelles.
"Pas que pouet-pouet et tralala",
la vie d’une Nini, et même de tout répertoire qui se respecte. L’art est dans le dosage. Quelques gouttes de franc partage avec le public, comme l'ode à la bouffe de Noël, vibrant éloge à celle qui "règne d’une cuisse de fer, flanquée de ses marrons au garde-à-vous". Un très humain et féminin "Pipiblues de copines en absence de latrines" : ras-de-pâquerettage complètement assumé.
Une pincée de fantaisie, bien-sûr, avec une espèce de conte-musical humoristiquement noir autour d’un ours blanc, se concluant sur un caniche transformé en pickle. Des sourires certes et heureusement, mais aussi, éclectisme existentiel oblige, quelques chansons humides – un morceau mélancolique ("car il en faut", observe scrupuleusement la chanteuse) et quelques révérences à la thématique rebattue que nul de dédaigne vraiment : l’amouuur !

Via, via, vieni via con me…? -
Quoique l’on se promette, foi de Nini, de ne point s’attarder sur ces sentiers trop foulés, on y promène un tantinet son auditoire. Lequel ne s’en plaint pas, en particulier quand il est question de refaire le portrait d’un assommant poète dont "les vers vont vite être solitaires" s’il continue à surpoétiser le quotidien, à enrimer jusqu’à ses post-it aux allures de quatrains. Pas pour Nini, cette vie de muse : trop dur. Trop exigeant et pour la faire rapide : vivent les poils ! (comprenne qui pourra, qui a vu ou verra).
Certes, parfois, la dame nous entraîne dans une avalanche de métaphores et d’allitérations un brin trop verbeuses ("la femme élime les reliefs de son âme…", soit…), mais on ne lui en veut guère quand la chanson suivante saisit franchement par le col avec un petit air de "ça vous concerne tous alors ne faites pas les marioles".
On se régale ainsi d’une proposition de cohabitation amoureuse lucidement énoncée comme la découverte des névroses de chacun – tout se partage, paraît-il. On les met ensemble dans le tonneau de la vie, on agite tout ça avec le rythme pépère du quotidien et on attend de voir ce qu’il se passe. Qui sait, peut-être y aura-il heureux colmatage de brèches et cicatrisation mutuelle des blessures …L’essentiel, note Nini, reste que les névroses de Roméo et de Juliette ne fassent pas d’enfant.
Quatre en deux pour le moins - Le tandem roule avec une fausse simplicité sur les sentiers multiples de la chanson française. On vient de donner un aperçu des textes, mais n’oublions pas l’essentiel : la voix de Mélanie sur les compositions de Pierre. La voix de Mélanie donc : pour les berceuses apaisantes, il faudra repasser une autre fois car la demoiselle a du poumon. On songe en l’écoutant à Belle du Berry, à ses envolées gorge déployée et ses onomatopées fantaisistes – c’est un compliment.
Selon les goûts, toutefois, on peut regretter que la chanteuse ne ménage pas davantage de moments de sursis pour l’oreille et demeure le plus souvent dans ces extrémités vocales – là encore, tout est dans le dosage ! Et toutefois encore, le musicien multitalentueux est là et bien là pour diversifier le répertoire : quand on guitarise, accordéonise et saxophonise, la porte peut s’ouvrir aux influences les plus variées... Bref, la chose est évidente mais ne s’observe pas toujours : deux talents qui se complètent.
Un duo, un vrai. II
Manon Ona