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Monsieur le Président,
je vous fais une lettre...

Au rang des grands thèmes du rire, l'éducation
repasse sur la sellette avec La prof,
ex A l'attention de Nicolas S., au café-théâtre Le 57.

Il y a loin du Déserteur de Boris Vian à l'humour contemporain de A l'attention de Nicolas S. devenu La prof et que présente le café-théatre Le 57, dans le temps (cinquante-cinq ans tout de même) comme dans l'esprit. Reste la forme d'un spectacle dont on découvre, à la toute fin, la nature épistolaire et carcérale – plus proche, pour le coup, de Noblesse oblige (le vieux et délectable film de Robert Hamer avec Alec Guinness, soixante ans au compteur celui-ci), dans une version déjantée marquée par les heurs et malheurs de l'Education nationale.

"Aujourd'hui, c'est ma première fois."
Ainsi commence la jeune femme un poil nerveuse arrivée sur scène, sans qu'on sache très bien de quoi il retourne. Perte de virginité ? Premiers pas sur planches ? Ou autre première fois tout aussi stressante ? La vérité est bientôt révélée : Mlle Courtepatte (on ne rigole pas !) est prof, de français, version lycée, et "c'est pas toujours facile à vivre, vous savez." Seule la noble profession d'huissier de justice serait pire, selon elle. Diable, "aller chercher de l'argent là où il n'y en a pas..."
Reste qu'il lui faut bien sa dose de Prozac homéopathique ingurgité à la louche pour affronter la perspective de se retrouver face à un sureffectif d'élèves dont le plus fluet plafonne à 1,90 m d'altitude, tous plus ou moins délinquants et d'origines si diverses que l'unique Breton de la bande semble venir d'ailleurs – d'ailleurs, il est né à Yaoundé. Sans même évoquer la question de leur niveau scolaire, qui lui fait considérer le zéro de moyenne comme une amélioration sensible de la qualité générale de la classe.
S'il n'y avait que ça... Car Mlle Courtepatte, si elle a la chance de ne pas être célibataire, a par contre la déveine d'être casée avec un CRS. Un être humain comme les autres, certes, mais affligé d'une famille comme on n'en voit que dans certain dessin animé d'outre-Atlantique, ayant une conception toute personnelle de la preuve d'amour, du sexe et du socialisme et, il faut bien le dire, risquant de faire un peu tache auprès de ses élèves en délicatesse avec la loi et les services sociaux.
Le pire, on le sait, ne manque jamais d'arriver. La réunion parents-prof, par exemple, bientôt suivie de l'inévitable manifestation protestatoire et son cortège de CRS, Benoît (oui, son compagnon républicain de sécurité s'appelle Benoît) en tête. Jusqu'à l'erreur professionnelle, pédagogique sans aucun doute, mais qui la conduit tout droit au gnouf d'où elle écrit, donc, sa déchirante supplique à Nicolas, présiduscule de son état. The end.

"Je vais vous traiter comme des gens normaux.
Vous verrez, on s'y fait vite."
On ne cherchera bien sûr pas l'originalité dans ce texte dont l'entassement de clichés, tout ce qu'il y a de plus volontaire, ne dénote pas tant l'expression d'une opinion que le choix de faire rire à tout coup, fut-ce à grand renfort d'artillerie – même pas si lourde, au demeurant, et l'on accordera volontiers à David et Marc Duranteau leur talent habituel dans le troussage de répliques imparables. La remarque vaut tout autant pour sa structure, caractéristique de bien des pièces de café-théâtre, partagée entre celle d'une comédie par son récit bien filé, et celle de l'humour à sketches par un déroulement en tableaux consacrés à des thèmes distincts plus ou moins liés à l'histoire.
Le reste ? Eh bien, rien : pas de décor, peu d'accessoires, le minimum d'effets de lumières et une comédienne seule en scène vêtue d'un sobre costume noir – autant dire que le poids de la réussite comme de l'échec pèse sur ses seules épaules.
Sonia Desbois s'en tire au mieux. Un peu faiblarde dans Les colocs, [...] où elle se contentait du service minimum de la grimace, elle se donne ici à fond, sans rien plaindre de ces ficelles et ressorts qui font le rire franc : effets de chute, comique de répétition (ah, ce CRS à gros bras), mimique, adresse à un public pris à témoin de situations qui lui rappellent inévitablement quelque chose et haute énergie, rien ne manque. Ainsi la dame de scène gagne-t-elle sa première bordée de rires dès la trentième seconde et assure pendant plus d'une heure un spectacle enlevé et sans temps mort.
Pas de doute : le printemps qui, au 57, s'ouvrait bien comme celui du rire, est devenu hiver sans rien perdre de sa belle humeur. II

Jacques-Olivier Badia

A l'attention de Nicolas S
Sonia Desbois, prof. (Photos Djeyo / Archives Le Clou dans la Planche)









Comédie
La prof
De David et Marc Duranteau.
Avec Sonia Desbois.


Durée 1h20.
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A l'attention de Nicolas S 2