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Michto ou le parti d'en rire

Vu à Blagnac cet automne, le "cirque autrement" Michto
revient avec le printemps, à Muret cette fois.
Article paru le 11 octobre 2008

Oublions un instant les sauvageries superbes du cirque punkoïde, les recherches esthétisantes du cirque en salle, le nouveau cirque passerelle... Le doux temps d'antan connaissait deux sortes de cirque : le "vrai", celui des Pinder, Fratellini et Grüss, ou le chapiteau de village. Le premier offrait à voir un Monsieur Loyal en frac rouge et culotte de chasse à courre, auguste et clown blanc, des écuyères à tutu, des éléphants des fauves, des trapézistes en collant à paillettes et une fanfare aux cuivres tonitruants. Le second présentait en guise de ménagerie une chèvre à poil long, quelques lapins angoras et un lama rêveur au pelage mité. Pour l'exotisme. On attendait qu'il crache. Le père de famille y tenait tous les rôles, assisté de madame assise en amazone sur un vieux percheron et de marmots acrobates disposés par ordre de taille. Le tympan s'y recroquevillait sous les assauts d'une sono crachoteuse ne connaissant de musique que "L'Entrée des Gladiateurs". Souvenirs...
Il en reste quelques-uns, de ces cirques familiaux, pour la plupart voués à passer d'esplanade suburbaine en parking de grande surface. Aussi faut-il remercier la famille Morallès d'avoir trouvé une autre voie sans pour autant se perdre, et Muret de l'accueillir sur la place Bernard IV pour l'arrivée du printemps.


C'est une vraie famille, née de Christian et Monique Mugica, bientôt suivis de leurs quatre bambins, des conjoints des bambins devenus grands, des enfants des bambins et conjoints ; une histoire de piste ronde, née en 1960, morte en 1983, revenue à la vie en 1995 avec le désir de s'appuyer sur la tradition pour faire du cirque autrement, par la musique, le jeu d'acteur et une familiarité assumée. Pas d'animaux sinon sept colombes, un chien format pékinois, un coq noir et sa poule blanche - et aussi Frida, Nina et Carlotta, Gaston, Raoul et Ernesto, Carmen, Léo, pour ne citer que ceux-là. Des petits, des moyens et des grands, mais ah, la famille...
Ce n'est pas simple, une famille. On a beau s'aimer beaucoup, prendre par principe le parti d'en rire et savoir faire un peu tout, du trapèze de corde à la magie en passant par le hula hoop, guitare, violon, saxo accordéon (je résume, il y a plus), y a des fois où ça coince, ça castagne même. Alors on se mène les uns les autres à coups de fouet, le petit dernier roule sur les doigts de tonton de tout le poids de son monocycle, Gaston pique les massues au vol en plein numéro de jonglerie, la bru balance à sa belle-doche des mandales de film muet jusqu'à l'empoignade générale dans des cascades de vieux burlesque.
Puis on se réconcilie qui d'un baiser fougueux, qui d'un tango langoureux tandis que les rubans ondoient au rythme d'une gracieuse danse aérienne. Papa rénove en moins d'une minute le vieux tour de la femme coupée en deux, Fifille en moins de deux les évasions du vieil Houdini par le biais d'une veste, tous font les clowns sans plus de nez rouge que de croquenots à rallonge, et la musique par-dessus le marché.

On l'a compris, le cirque Morallès ressemble à ce qu'on attendait, la famille Morallès à aucune autre. Son chapiteau a beau être des plus traditionnels - circulaire, à deux cornes, rayé de rouge et jaune - il règne sous sa toile un éclectisme foutraque et bon vivant qui réjouit l'enfant perdu au fond de l'adulte et le gamin assis sur ses genoux.
Rien de bien spectaculaire, le plus souvent, même si certains numéros font s'ébahir les yeux, mais pas de facilité non plus - rien n'exige plus de travail que l'aisance. Guère d'animaux, on l'a dit, et fugaces. Pas de paillettes, pas de costumes exotiques changés à chaque passage du rideau, sinon une blouse rougeâtre et des allusions vestimentaires espagnoles. Pas de triste clown blanc et pas de poudre aux yeux.
De la musique par contre, comme promis ; du swing surtout, à tire-larigot et de toute obédience, mais aussi du flonflon et du rock hardeux, du klezmer, du bastringue, du chant à belles voix. De la joie. Des coups de gueule. Des historiettes sans paroles compréhensibles. Quelques canailleries sans lourdeur. Et une impressionnante palette de talents réunis en peu de corps, où l'on découvre le machiniste jongleur, le jongleur acrobate, l'acrobate organiste l'organiste batteur, et cela vaut tout autant pour les dames. Tous beaux et bons circassiens, pour faire bref, dans l'âme et heureux de l'être.
Alors que voulez-vous, ça applaudit là-dessous. A tout moment, à tout rompre, à en faire friser les haubans. A petites mains mais fort, à grands yeux écarquillés. Sans cesse, dans un fracas remarquable. Et l'ancien enfant rêve sans nostalgie de ce vieux temps d'ennui, quand il attendait en vain que crache le lama mité à la figure de l'écuyère flétrie... II

Jacques-Olivier Badia

Michto
La famille Morallès. (Photos Djeyo/Archives Le Clou dans la Planche et DR/Estournet)









Cirque
Michto
De et par la famille Morallès.

Sous chapiteau, place Bernard IV à Muret.
Tel. 05 61 51 91 59. www.mairie-muret.fr

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