Les mauvaises pensées" qui flottent cette semaine sur la scène du théâtre du Pont Neuf touchent à la provocation, à l’amour démystifié, aux passions en tout genre. Coco Guimbaud, leur cervelle émettrice, c’est la robe à pois et la rose en mousse, le sourire jusqu’aux oreilles d’une femme pleine de vie, le sourire jaune d’un recul plein d’ironie.
Faisant partie, si l’on arrive un jour à en délimiter les contours, de la grande famille "chanson française", son spectacle n’est rien moins qu’une richesse d’émotions utilisant et détournant les clichés pour s’adonner au relativisme existentiel. Entourée d’un contrebassiste (Jean-Marc Serpin) aux oreilles qui bougent sans qu’on s’en aperçoive, d’un batteur (Fawzi Berger) qui lit dans les pensées et d’un accordéoniste (Grégory Daltin) calculateur, la chanteuse et ses amants peignent ensemble un tableau musical poétique, légèrement théâtralisé sous l'oeil de Laurent Perez et heureusement, par moments, franchement barré !
"Quand tu n’es pas là, je respire de l’eau et je me sens de trop… Quand tu es là, c’est pareil."
Coco a le chic pour amener l'auditoire là où le décalage de ses textes fera virer de bord l’envoûtement provenant de ces belles phrases d’amour. Elle est l’amante qui énerve, dévore, rend gourmand de ses épices, mais qui ne l’empêche pas de s’assoupir. Dans la discothèque, d’un fantasme à l’autre, d’un Antonio Banderas à "Giorgio Cloonez", d’un vent d’une nuit s’échappant par la fenêtre, les rêves tournent au vinaigre, la mangeuse d’homme se ratatine, son ego se fane, ça fait mal.
Mais chagrin d’amour qui dure toujours ne sera pas une fatalité, pour cette mante religieuse qui ne manquera pas de reprendre ses droits. Jalousies féminines, réalité possessive, marre du politiquement correct, de l’amour platonique, marre de faire partie du club des célibataires délaissés et ce sera au final Gégé le garagiste qui l’emportera – "Il n’est pas très beau, mais j’en ai un !"

On apprécie sans réserve les périples de cette femme, qu’on a soi-même vécus ou qu’on a observé chez les autres, cette homogénéité dans les sujets abordés et surtout la mise en scène ultra-énergique qui vous maintient en haleine jusqu’au bout du bout.
Musicalement, aucun style ne prime sur l’autre. On reste dans cet accompagnement relatif à la chanson, un accompagnement par anecdote musicale qui appelle valse, swing, funk… L’important est l’intention des musiciens qui, au même titre que Coco, sont acteurs de l’histoire, prennent souvent la place du pitre ou celui du Don Juan. La composition en elle-même est intéressante car, soutenant la voix, elle ne se contente pas d’être un fond sonore mais prend en compte les mots, les images, créant une réelle unité, parfois douce, souvent explosive.
"Les mauvaises pensées" sont autant d’engagement à vivre l’instant qu’à rêver du suivant, elles exhibent la caricature des relations sans forcément en donner une échappatoire mais l’étalent, la malaxent, la détournent, dévoilent les pensées les plus sarcastiques pour échapper à l’oubli et voir d’autres décors que le Prozac pour les femmes et la pétanque pour ces messieurs. À voir absolument. II
Quentin Daniel