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"Quelques plaisanteries
un peu libres"

On croque la pomme en chanson avec le retour de Marlène et de ses Roméos au théâtre du Grand Rond.
"Brune encore non eue, / Je te veux presque nue, / Sur un canapé noir, /
Dans un jaune boudoir, / Comme en mil huit cent trente." - Verlaine, Œuvres libres


Juliette ne restera pas penchée au balcon à s’entendre compter chastes fleurettes par son bellâtre puceau. Trêve d’amour pétrarquiste, venons-en aux petites réalités de la vie : de l’abstraction à la chose et de la chose aux mots, tout un répertoire de chansons grivoises se cache dans les obscurs replis de nos siècles. Autant de friandises à déguster avec le sourire, que ce trio nous propose en assortiment varié : de la tendresse coquine aux licences les plus gourmandes, un spectacle rose et acidulé avec Edwige Chadelle, Pierre Chadelle et Bruno Marchand, dans une mise en scène d’Eric Dignac.

"Ce p’tit joujou, pourquoi qu’c’est fait ?" (Arletty)
Toutes les métaphores imaginables y passeront, car où est l’intérêt de chanter les plaisirs de la chair si ce n’est pour infiniment tourner autour de la "chooose", dans un défilé d’épithètes malicieuses, d’images improbables, d’euphémismes provocateurs, d’hyperboles triomphantes et de truculentes comparaisons… ? On a beau déplorer le triste mot réservé à la chose féminine (en trois lettres, du latin cunnus), la langue française se révèle inépuisable dans les matières amoureuses !
Tandis que Colette Renart se fait "frotter la péninsule" et "chevaucher la chosette", Arletty chante l’harmonie des corps (à la semblance, comme chacun sait, d’une serviette dans son rond), Ricet Barrier entrevoit la dévirginisation de Diane et Frehel pleure ses amants. Fil rouge dans ce camaïeu de roses, l’inénarrable ode à la fesse des Frères Jacques, qui n’en épuisent jamais les qualificatifs. Une seule chose sûre en ce bas monde, "si y en avait pas, on ne serait pas là".
Bref, il serait bien dommage de ne pas profiter de tous ces mots forgés pour dire la chose, en particulier quand ils nous parviennent dans la délicatesse et les raffinements de la langue classique : "Laissez-moi verser quelques pleurs dans ce joli bocage", propose Voltaire à son Aminthe. Du reste, comme le dit avec raison l’abbé de Lattaignant, chansonnier du XVIIIe siècle passé à postérité pour le bon tabac contenu dans sa tabatière, souvent "il faut se réserver le mot pour se consoler de la chose". Zaï zaï zaï.

Marlène et ses Roméos 3


Tout est dans la manière de le dire. C’est un art que de mettre le juste mot sur la chose et le juste ton sur le mot ! Ne le cachons pas, c’est un petit viol pour l’oreille que ce répertoire coloré, qui ne se contente pas toujours de tourner autour de la chose et se précipite parfois ingénument sur le mot.
Pas sûr toutefois que les traits les plus coquins et gourmands tiennent aux chansons elles-mêmes, quand on voit avec quelle application le trio s’amuse à déplacer la tonalité des textes par de brèves mises en scènes et des postures décalées.
Faire glisser les textes les plus rugueux par une harmonie vocale digne d’un chœur d’église, assumer la grossièreté par un décalage ingénieux – comment se lancer dans une défense engagée des choses naturelles et expliquer avec conviction qu’"un cul ça doit sentir le cul", sinon avec une pose de lover et une rose à la main ? Contraste poilant que le trio observe continuellement, en particulier par la qualité du chant, qui ne verse jamais dans le bouffon : on ne ferait pas attention aux paroles qu’on se croirait en très honnête et sérieuse compagnie. Avec ça, quelques échappées théâtrales qui achèvent de donner vie et énergie à l’ensemble.
Çà et là, des "oh" de pudeur souriante jaillissent du public au milieu des rires : un moment sur le fil, tout bonnement jouissif. II

Manon Ona

Marlène et ses Roméos
Marlène - dessus - et ses Roméos, dessous. (Photos Mona / Le Clou dans la Planche)







Chanson
Marlène et ses Roméos
De et avec Edwige Chadelle, Pierre Chadelle, Bruno Marchand.
Mise en scène : Eric Dignac.

Théâtre du Grand Rond, 23 rue des Potiers à Toulouse.
Tel. 05 61 62 14 85. http://grand.rond.free.fr

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Marlène et ses Roméos 2