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Homme, sweet homme

Le théâtre de la Violette offre à son public
une des meilleures comédies de l'année
avec Le mariage nuit gravement à la santé.

Les temps sont aux Fêtes (avec un grand feu) pour quelque temps encore et, comme toujours en ces circonstances, la tendance des salles est à la comédie. Le scintillement aguicheur des boules et guirlandes sied mal, paraît-il, avec la morosité, dont le quidam moyen n'aborde prudemment les rivages grisâtres que par l'entremise rassurante et utile du don au Téléthon ou aux Restos du Coeur.
Mais il y a comédie et comédie... Reconnaissons-le : malgré son thème apparemment rebattu, celle que propose le théâtre de la Violette en deuxième partie de soirée est sans doute une des meilleures du genre qu'on ait vu dans la Ville Rose depuis jolie lurette. Attention, Le mariage nuit gravement à la santé...


"Y a endive sous roche."
La situation est somme toute assez simple : Sophie et Romain, couple de trentenaires (allons bon, encore) modernes, vivent depuis quatre ans dans le moelleux des amours tranquilles et des tâches bien réparties. Le schéma en est classique. A elle la lourde charge de travailler et subvenir aux besoins du ménage, à elle encore le repos par les pieds sous la table et la canette fraîche. Et, subséquemment, à lui les affres du ménage, des courses et de la popote, voire du repos de la guerrière quand la migraine l'autorise. Ce qui ne porte atteinte ni à la féminité de l'une, ni à la virilité de l'autre, chacun trouvant son compte et son bonheur dans cet équilibre inaccoutumé.
Une qui ne verrait pas les choses sous cet angle, c'est Micheline. Micheline Du Puy Montbrun, mère pied-de-poule de Romain dit Rominou, persuadée à grand renfort de mensonges que ce couple-là fonctionne comme les autres, à chacun la bonne culotte tandis que Michel (Sardou, qui d'autre ?) chante en boucle "Les lacs du Connemara".
Et v'là-t-y pas qu'au bout de quatre ans et prenant prétexte de l'anniversaire de Rominou, Micheline s'avise de faire enfin connaissance avec sa peut-être un jour future belle-fille, suscitant un branle-bas maladroit en vue de lui faire accroire que chacun est bien à sa place.
Tout irait encore bien si le patron de Sophie, emberlucoqué par une mauvaise excuse, ne commençait par jouer du téléphone à tour de bras avant de débarquer at home en quête d'explications, laissant bien involontairement Micheline suspecter de ses propos et attitudes relation extraconjugale, projet de meurtre et fuite en terres exotiques. L'affaire, on s'en doute, se résoudra pour le mieux – en l'occurrence, en une tentative générale de strangulation mutuelle. Et le mariage, dans tout ça ?

"Romain, veux-tu devenir ma femme ?"
Elodie et Pierre Léandri, auteurs de ce mariage pas tout à fait comme les autres, n'ont pas cherché bien loin le modèle de leur comédie, dans laquelle on aura reconnu la structure, les moyens et les ficelles toujours bien tendues du bon vieux vaudeville. Mais ils l'ont fait avec tant de bonheur que Feydeau et Labiche n'y trouveraient rien à redire – à peine y ajouteraient-ils une douzaine de personnages, histoire de multiplier à l'envi les occasions de pataquès, et encore... – tout en donnant à l'affaire sa tournure ô combien contemporaine, dont la familiarité fait beaucoup en faveur du rire bien lippé. Il n'y manque même pas le bonhomme surpris en caleçon, c'est dire.
Deux mensonges (celui de Romain à sa mère, celui de Sophie à son patron), et autant de quiproquos subséquents suffisent ainsi pour lancer l'implacable mécanique de la grande poilade. Laquelle se trouve joliment soutenue par des répliques enlevées, une distorsion temporelle délicieuse – bon, une sorte de structure en flash back, mais pas tout à fait – et, scie en plastique sur la bûche de Noël, un jeu fort bien trouvé de faux apartés par lesquels le quatrième mur perd, ici et là seulement mais à juste escient, une bonne part de son étanchéité pour le plus grand bénéfice du public. Autour décor, costumes et accessoires soignés, parfait.
Rien de tout cela ne suffirait si mise en scène et comédiens n'étaient à la hauteur. On le sait en effet, le vaudeville relève d'une horlogerie de l'humour qui ne tolère pas le défaut de synchronisation, s'offusque de l'accroc, s'effondre comme un lamentable tas de boulons à la moindre baisse de rythme ou d'énergie. Eric Grivot, Eugénie Ravon, Delphine Vincenot et Frédéric Marquez (ou est-ce l'alternant Sébastien Pérez ?) ne laissent aucune place au grain de sable calamiteux et enlèvent l'affaire avec un enthousiasme et une précision qui forcent l'admiration. La troisième – sauf erreur d'identité – s'offre même le luxe d'une caricature dont la lourdeur de maquillage ne nuit en rien au délice : bouche pincée, postures de dindon, glougloutante et braillarde, sa Micheline est un pur bonheur que les figures de Rominou, Sophie et Jean... Jean-Bidule encadrent avec une parfaite justesse de jeu et de goût.
Le mariage nuit gravement à la santé ? A consommer sans aucune modération. II

Jacques-Olivier Badia

Le mariage nuit gravement à la santé
Bonheur du concubinage bien compris. (Photos Djeyo / Le Clou dans la Planche)






Comédie

Le mariage nuit gravement à la santé

D'Elodie et Pierre Léandri.
Avec Eric Grivot, Eugénie Ravon, Delphine Vincenot,
Frédéric Marquez ou Sébastien Pérez en alternance.


Durée 1h30.
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Le mariage nuit gravement à la santé