Né du croisement inopiné de l’opéra, de la littérature jeunesse et du théâtre, le spectacle conçu par Christelle Belleveau, de la compagnie Opéralight de Bordeaux, donne à voir et à entendre à nos chères têtes blondes (mais pas seulement) des chants empruntés au grand répertoire de l’art lyrique. Inspirée par les illustrations de Nathalie Novi dans son album La petite fille et l’oiseau, la pièce du même nom raconte un épisode de l’enfance de Maria Callas. Assistée par Julie Combres dans le rôle de la concierge et de Jackie, la sœur de la Callas, et accompagnée au piano par Baptiste Cougoul, Christelle Belliveau associe art du spectacle et art lyrique pour une initiation au chant et une rencontre avec une des plus grandes figures de l’opéra du XXe siècle.
Tout débute par l’incontournable chant
de la Norma de Bellini qu’interpréta la Callas à la Scala, lieu emblématique et scène d’élection pour la chanteuse. Ce soir-là, c’est la consécration de l’artiste qu’on associera désormais avec le rôle de la prêtresse déchue et repentante.
Un peu à la manière des films relatant la vie des grands artistes, la pièce saisit la chanteuse au faîte de sa gloire pour revenir ensuite sur les événements qui ont marqué de leur empreinte phosphorique ce destin hors du commun. C’est ainsi que nous remontons à l’enfance de Callas quand, dialoguant avec l’oiseau de sa concierge, l’artiste vient à évoquer les souvenirs qui marquèrent le début de sa vocation de chanteuse.
Il est alors raconté comment, lors de la soirée d’anniversaire de son aînée Jackie, Maria, émue par le chant de l’oiseau qui avait été offert en cadeau à sa sœur, chante et devient par-là même Callas. Récit inaugural de la vie de la diva, la pièce transfigure l’oiseau pour en faire la voix même de l’artiste en devenir. C’est en voulant égaler le naturel de l’oiseau que Callas s’est surpassée dans un élan surhumain.

Nous voilà donc à l’opéra.
Pour tout orchestre un piano, pour tout décor, une paillote. C’est dire si nos chères têtes blondes ont de l’imagination, mais c’est peut-être un peu présumer de leur faculté que de réduire à son minimum la représentation d’un univers aussi faste que celui de l’opéra et de l’art lyrique.
De plus, le récit biographique de la Callas inspiré des albums de Nathalie Novi, s’il est précis dans son écriture, n’en demeure pas moins déroutant pour un jeune public perdu par une langue pas si aisée et un récit pas si linéaire. Par son statisme, la mise en scène, tout aussi minimaliste que la scénographie, pallie à grand peine les écueils de compréhension du texte et ne facilite pas les transitions, les sauts temporels ou les changements de personnages.
Tout bouge hormis le jeu de scène, à l’exception notoire de la concierge livrant une reprise rock de Frère Jacques, intermède dont la légèreté contraste avec le ton cérémonieux de l’ensemble de la pièce.
Les interludes musicaux, de qualité, servent d’illustrations mélodiques et non de transitions narratives. La projection des images des albums jeunesse et de quelques photos de la Callas sont plus intrusives que réellement suggestives et s’intègrent davantage à la manière d’un diaporama que d’une fenêtre ouverte vers l’univers de l’illustratrice.
La pièce, au confluent de nombreux supports – écriture, musique, dessin, théâtre – juxtapose sans réellement les mêler les moyens mis à sa disposition. On ne peut saluer que la portée pédagogique et l’effort de sensibilisation du jeune public au grand répertoire lyrique ; encore eût-il fallu donner la fantaisie et le rêve suffisant pour insuffler des vocations. II
Christophe Lucchese