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Un malade à qui l’on ne passe pas de la pommade

La compagnie Vol Plané revisitait ses classiques,
en fin de semaine dernière au Théâtre Jules-Julien,
avec Le Malade imaginaire de Molière.

La compagnie Vol Plané porte bien son nom. Ses comédiens volent comme des oiseaux de proie au-dessus du texte de la dernière pièce de Molière, avant d’effectuer des descentes vertigineuses sur un alexandrin en s’octroyant des digressions comiques. Ils sont quatre, deux femmes et deux hommes, entourés d’enfants installés sur scène, lesquels forment un second public. Pendant une heure et demie de spectacle, le rythme est soutenu et les situations cocasses alternent avec des moments de tension tragi-comique.

Introduction au théâtre
On ne sait si cela est dû au grand nombre d’enfants présents dans la salle, mais les comédiens commencent le spectacle par un petit passage didactique sur les dernières heures de Molière, décédé après la quatrième représentation de la pièce. Micros en main, ils s’adressent à ce public jeune et moins jeune, expliquent quelques expressions désuètes, car très XVIIe siècle, telles que "je suis votre serviteur", en interpellant l’assistance de manière humoristique. Les femmes débitent leur texte comme un chœur polyphonique tandis qu’un comédien, en avant-scène, joue les voix off en faisant des commentaires qui se perdent dans ce brouhaha sonore.
Puis le noir s’instaure dans la salle et la pièce commence. La trame, beaucoup la connaissent pour avoir étudié ce classique de Molière à l’école. Argan, vieux bourgeois totalement hypocondriaque, s’invente toutes sortes de maux, pansés par les bons soins de sa femme Béline qui n’attend en réalité que sa mort pour toucher son héritage. Angélique, sa fille, est amoureuse de Cléante mais Argan, prêchant pour sa paroisse, souhaite qu’elle épouse Thomas Diafoirus, le fils d’un médecin.
Toinette, servante d’Argan, propose à son maître de se faire passer pour mort afin de voir quels sont les vrais sentiments de sa femme et de sa fille. La première laisse exploser sa joie de voir son mari enfin trépassé tandis que la seconde pleure à chaudes larmes le décès de son père. Argan se relevant d’un bond, à la stupeur de sa fille, consent alors à lui accorder Cléante pour époux à l’unique condition que ce dernier devienne médecin. Béralde, le frère d’Argan, lui suggère alors de devenir médecin lui-même, solution qu’il trouve finalement à son goût.

Si l’intrigue reste la même, la pièce est entièrement revisitée de manière contemporaine. Ici, point de costumes d’époques et d’accessoires superflus, il y a autant de fauteuils sur scène que de comédiens, moins nombreux que les personnages de la pièce de Molière. Comme signe distinctif, ils portent des t-shirts où l’on peut lire le nom des personnages qu’ils incarnent et changent de vêture avec précipitation pour passer d’un personnage à l’autre. Ils s’amusent du fait qu’ils manquent de comédiens et n’hésitent pas à interrompre l’action pour interpeller le public, jusqu’à demander à des spectateurs de monter sur scène.
La pièce prend parfois des allures de répétition, la comédienne qui joue Toinette interrompt la fameuse scène où Béralde et Argan échangent leur point de vu sur la médecine en expliquant que comme elle dure quatorze pages, elle se propose d’en faire un résumé. Son intervention vire au comique et le débat devient public. L’un des comédien s’empare du micro et lance à l’assistance : "Est-ce extrémiste de dire que quand on est malade, on ne se soigne pas ?", avant de dériver vers un sujet d’actualité en sondant la salle sur le nombre de vaccinés contre la grippe A. Autre intrusion contemporaine dans le texte de Molière, l’interprétation en duo d’Angélique et Cléante de la chanson de Richard Dewitte J’ai encore rêvé d’elle, ou encore un clin d’œil au dramaturge avec la projection d’un passage du film L’avare joué par Louis de Funès. Le spectacle s’achèvera par un véritable show d’Argan, qui se fait "médecin en récit, chante et danse".
Dès le début, le parti pris est clair, la mise en scène privilégie davantage les digressions comiques et un jeu interactif avec le public qu’un strict respect du texte ou que sa mise en valeur. Les comédiens, talentueux et dotés d’une grande énergie, font partager aux spectateurs leur plaisir du jeu. Angélique excelle en hystérique à l’évocation du mot mariage avec celui qu’elle croit être son Cléante, Argan est très convaincant en vieillard hargneux poussant nerveusement son fauteuil roulant ou encore Toinette, en servante audacieuse et effrontée. Tous ces acteurs interchangeables qui se mettent, le temps de changer de t-shirt, dans la peau d’un nouveau personnage modernisent et s’approprient ce classique avec brio. Pour le plus grand bonheur du public. II

Mélinée Benamou

Le malade imaginaire
xxx. (Photos Djeyo / Le Clou dans la Planche)








Théâtre

Le malade imaginaire

De Molière / Cie Vol Plané.
Mise en scène : Pierre Caneyrie et Alexis Moati.
Interprétation : Carole Costantini, Sophie Delage,
Pierre Caneyrie, Alexis Moati.


Durée 1h25 mn.
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Le malade imaginaire