Article paru le 7 février 2009
Théâtres d’Hiver, le festival de théâtre amateur, est l’occasion pour un public habitué ou non des salles obscures de découvrir, à petit prix et dans de petites salles, un florilège de spectacles vivants, voire quelques belles créations à peine écloses.
C’est dans le cadre de ce festival que le théâtre de Poche proposait en février, pour un soir, La dernière revue du magicien bleu, un spectacle théâtral et musical écrit par Olivier Maraval, accompagné au piano par Bernard Papaix, sur une mise en scène de Marie-Cécile Fourès. Coup de cœur 2009 du théâtre de la Violette, le magicien bleu vint sur sa scène en avril dernier. Le voici de retour, automne venu, à l'Espace Saint-Cyprien, dit le Chapeau Rouge.
Fin de revue
Le cabaret va fermer et le magicien bleu, accompagné de son fidèle pianiste, se met à nu devant son public. "Ce soir, j’me donne à vous !" proclame-t-il avec l’énergie amère des derniers instants. Jeune homme vêtu en meneuse de revue, le magicien a été femme avant de recourir à la chirurgie. Refusant le désir brutal des hommes, elle est devenu lui, ce prostitué de l’art, objet de désir inaccessible.
Entre émotion et dérision, il nous parle de l’amour, celui que les jeunes à l’esprit plus Vache qui Rit que Walkyrie portent à Pocahontas ou bien à Manon, la petite fille de la prairie. "Au pays de Manon, y’a pas d’méchants garçons", chante le magicien, qui puise dans sa malle pour revêtir l’habit du personnage dont il raconte à grands traits comiques la destinée dramatique et drolatique. Endossant à nouveau son rôle d’artiste de music-hall, le magicien offre un dernier numéro de charme en chantant et en jouant avec une chaise complice de ses poses lascives ou acrobatiques. Troublant dans ses dessous suggestifs avec bas noirs à sequins et porte-jarretelles, il est émouvant de vérité.
Emaillé de chansons accompagnées au piano par Fidèle, ami et confident, le parcours chaotique de l’artiste prend vie, tantôt pathétique tantôt désopilant. Une perruque ou un chapeau, une robe ou une veste et la scène fourmille de personnages survoltés. Mais le magicien a un secret :il aime Béa, la coiffeuse aux petits seins qui voudrait tant être une femme plantureuse.
La fête est bien finie, le magicien est las, revenu de tout et ce cri d’amertume il le chante : "De vivre je m’en fous. Je suis fatigué d’exister."
Tragi-comédie et music-hall
C’est avec un véritable talent et un sens aigu du spectacle de cabaret qu’Olivier Maraval campe une succession multiple et bigarrée de personnages pittoresques. Les différents travestissements s’opèrent sous le regard charmé du public et il n’hésite pas à quitter la scène, trop exiguë à l’aune de son enthousiasme, pour haranguer le public médusé mais ô combien sous le charme.
Du rythme, de la fantaisie teintée de poésie et de délire façonnent ce spectacle haut en couleur. Ah ! Le plaisir d’écouter la musique en direct, en fond sonore ou en accompagnement des chansons. Rôle discret mais présence précieuse, le pianiste Bernard Papaix lâche parfois son clavier pour quelques répliques brèves.
Olivier Maraval, jeune comédien se jette dans l’aventure, sa création d’un bout à l’autre, avec fougue et passion et on ne peut être qu'être conquis par cette virtuosité très maîtrisée, non dénuée de fraîcheur et de sincérité. Chansons plaisantes, numéros époustouflants, mais… Et oui, il y a un mais, une petite chose qui coince et vient jouer sa fausse note. Le texte !
Ecrit par le comédien, il a le mérite d’être spontané et vivant, mais souffre de lourdeurs et de plaisanteries qui tombent à plat. Le début de l’histoire, quelque peu laborieux, complique inutilement le récit. Pourtant, le décor est planté avec cette loge de cabaret, coulisse de tous les rêves fantasmés, et il ne manque qu’une once de magie et de mystère. On se prend à rêver que le magicien, inspiré par la fée bleue, se penche sur les petits maux du texte.
Après le théâtre de la Violette au printemps, La dernière revue du magicien bleu ira se poser en Avignon pour le festival off. Souhaitons-leur bon vent et belle aventure. II
Régine Bernot