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Histoire de regards

Maboul, spectacle de marionnettes sur musique
pour les enfants à partir de 3 ans, quitte au théâtre
du Grand Rond pour le Tarn.

On parlait de spectacles jeune public atypiques au sujet de Chouette la chouette, en voici un autre qui, dans un genre totalement différent, n’est pas tout ce qu’il y a de plus banal. L’originalité de Maboul ne tient certes pas à son support principal, la manipulation de marionnettes sur castelet, mais plutôt au choix surprenant de faire tenir l’ensemble du spectacle sur une dynamique plutôt que sur une fable. Le Théâtre de La Cavale propose un enchaînement de tableaux qui se déroulent comme une pelote de laine autour d’un motif central et fédérateur : une humble boule rouge.

"Mais où est passée Maboul ?"
Pas de chance pour Maboul la chtite boule rouge, elle ne passera pas inaperçue : la voilà tombée au Pays du Regard, sous les yeux de tous. Elle roule sa rondeur écarlate sur le castelet, disparaît et réapparaît toujours – comme de droit tous les habitants des lieux la poursuivent, essaient de se l’approprier, de la manipuler à leur façon. Maboul roule sur des accords de guitare dans une contrée peuplée d’hommes, de marionnettes et d’animaux mutins. Tout près, la mer. Un matelot enquiquiné par une mouette (Fabrice Guérin) chante le large et les bateaux qui s’en vont : Maboul sera pour lui comme un pompon sur son béret.
Mais gare à la mouette ! l’oiseau vole Maboul comme un fruit à gober et la boule poursuit sa course. Ce ne sont pas les personnages qui manquent, et voilà qu’un jardinier armé d’un arrosoir insolite s’apprête à planter Maboul en pot comme une tomate ! C’est sans compter une mamie, qui n’entend pas se laisser faire : Maboul n’est rien d’autre qu’une pelote de laine rouge, du fil à tricoter.
Le choses se compliquent avec l’intervention de créatures marines encore plus étranges, tels ce drôle d’escargot qui sort ses antennes de la marmite du cuisinier, ou la sirène gourmande (Isabelle Paget) qui s’apprête à déguster Maboul comme une boule de glace à la fraise ! Sans oublier ce drôle de pirate des Caraïbes (Jacky Lecannellier) qui joue avec ses tortues et la malicieuse otarie qui fait sauter Maboul sur son nez…

Maboul 3


Comme les choses se métamorphosent sous le seul regard des hommes ! Maboul est tout et à la fois rien, multiforme au gré des désirs et de l’imagination. Rouge et ronde toujours, mais de tailles et de fonctions variées, se transformant sous les regards de chacun… "ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, dirait le poète.
Maboul serait un peu comme l’histoire du regard lui-même : à chacun sa vision de l’objet, sa vision du monde. Ce n’est pas seulement une affaire de goût, mais aussi de métiers, d’identité.
Une fois passée la surprise d’un spectacle construit sur de micro-histoires sans autre lien que ce motif visuel, on se laisse porter par le fil continu de la métamorphose : fondé sur si peu, l’ensemble tient pourtant, trouve une force dans le mouvement même et la magie du renouvellement. L’alternance entre les comédiens en costumes (Béatrice Donnaille) et les marionnettes fournit une variété visuelle qui n’est pas malvenue – ces dernières sont du reste un plaisir pour les yeux (conception Pierre Cazalé et Isabelle Paget) et la manipulation parfois malicieuse fait mouche dans le public. Paraît-il que le rire est quelque chose de contagieux…
A la toute fin du spectacle le castelet lui-même se métamorphose en une gigantesque figure – vraiment mabouls, ces marionnettistes… ! II

Manon Ona

Maboul
A perdre la boule ? (Photos Mona / Le Clou dans la Planche)












Marionnettes jeune public à partir de 3 ans
Maboul
Cie Théâtre La Cavale.
De et avec Isabelle Paget, Fabrice Guérin et Jacky Lecannelier
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Maboul 2