Ménage à trois en garage pour nettoyage à sec
Le Bestiaire à Pampilles présentait un extrait
de sa dernière création, Lux interior, au festival d’Aurillac.
Ils font fumer les planches toulousaines depuis 2006 en aristomusicopathes à la mécanique mal huilée : Marie Glawdys et son tendre époux Max Paul achèvent de concocter leur dernier cocktail Molotov, Lux interior : un concert clownesque filant hors jantes, dont ils proposaient une lampée pur jus au festival d’Aurillac. Rancard à onze heures du matin dans une cour d’école : si la plume cloutesque arriva peu fraîche – contexte festivalier oblige – elle repartit comme ragaillardie par ces vingt minutes de pur n’importe quoi.
Le duo musicopathe s’est mué en trio,
non moins fendu du casque : Sigrid Perdulas et Alexandre Bordier accueillent ainsi dans l’univers allumé de leur premier spectacle Pierre Robert-Tissot. Suite à cette rencontre entre la Marie, le Max et Cheyenne – d’obédience chamanique, fichtre – tentation nouvelle, ambition de choc : non pas seulement tenter de raconter leur vie, comme c’était le cas dans le terrifiant spectacle qui ramonait il y a encore quelques semaines la salle du Grand Rond, mais créer un groupe de musique culte. Soit. Tout de suite, on s’inquiète. Et on a raison….
Lux interior : le nom parlera à l’amateur de rock, de psychobilly et de garage-punk, qui n’aura pas oublié le groupe culte (pour de vrai cette fois-ci) représentatif de ces influences, The Cramps. Un hommage ? Monsieur Lumière intérieure, chanteur du groupe susdit, a rendu l’âme en février. Paix à ses cuirs.
Son nom de scène, en tout cas, convient parfaitement à cette escalade spirituelle vers la catastrophe, puisque le Bestiaire à pampilles a visiblement voulu glisser une touche de paganisme dans ce qui ressemblera, autant qu’on puisse en juger, à une révision punk d’un chemin spiritosensitif passant par le dieu Pan, divinité de la puissance naturelle, comme il se doit…

Spiritosensitif, disions-nous, et le mot est petit. Marie-Glawdys et Max Paul n’ayant jamais été des créatures au décibel modeste, on imagine ce que cela peut donner quand ils convient dans leur délire un troisième larron et se lancent dans une épopée punk. Pour le dire simplement, voilà qui déménage et les onomatopées à foison n’ont rien à envier aux guitares. Faut dire que le problème existentiel numéro un du couple d’aristo a toujours été l’expression : souvent en panne d’élocution, Marie-Glawdys couine, grommelle et éructe, et lorsque sa femme ne coince pas, c’est Max Paul qui raye son dididididisque. Quand au p’tit dernier, c’est déjà pas si mal s’il parvient à placer deux accords et à clamer son amour du rock sans se faire polluer par les tentatives musicales de ces affolés du pois chiche.
Bien que ce spectacle s’infléchisse résolument vers le concert, le clown demeure : cohérent, incontournable et présent dans le moindre geste déplacé. Trois clowns portés par des prétentions supérieures : la volonté de dire, d’agir, d’atteindre un point intelligible mais l’impossibilité fondamentale de réussir et de filer droit vers l’objectif. Le rire trouve sa place entre cette ambition et son échec, dans cette folle volonté de parvenir, qui s’exacerbe en avalanches de maladresses.
Bref, tentative de récit ou de concert, l’univers ravagé – et unique, on peut le garantir sans crainte – du Bestiaire à Pampilles garde sa patte. En vingt minutes de spectacle, on les trouve reconfigurés mais inchangés : le spectacle dans sa totalité dira si l’on peut conserver des personnages sans craindre la redite, mais sur ce point le Clou ne s’en fait pas trop… L’eau est à la bouche, espérons que l’on puisse goûter à cette tambouille prochainement dans les salles toulousaines. II
Manon Ona