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Deux filles dans un appart'

... Sans compter le "chien" - des comédiennes,
quand Les coloc' réoccupent
la scène du 57 dès la rentrée et jusqu'à fin octobre.

Article paru le 29 novembre 2008

Le café-théâtre, on le sait, fonctionne dans sa grande sagesse sur deux principes dont la philosophie populaire a depuis belle lurette exprimé toute l'efficacité : "c'est dans les vieilles chaussures qu'on fait les meilleures soupes" (ou à peu près) et "on ne change pas une équipe qui plaît". En vertu de quoi les reprises fleurissent sur les scènes de comédies comme si l'automne ne s'annonçait pas : ainsi Les coloc' reviennent-elles sur les planches presque nues du 57.

"Bonsoooiir. J'suis pas venue vous déranger longtemps."
Elle peut bien faire ce qu'elle veut, la fille qui tient ses propos liminaires : elle est chez elle. Prénommée Laure, trente-six balais sans moutons, informaticienne, sèche de corps, d'esprit et de compte en banque, elle le trouve un peu grand un peu cher, cet appart' loué par goût du neuf, et cherche en vain colocataire. Mâle, de préférence, "propre, vacciné, dressé, gros revenus." Mais rien. Du moins, jusqu'à ce qu'Emmanuelle débarque, blonde, enjouée et le neurone gazeux ; un poil dépensière aussi, ne sachant rien faire de ses dix (dix, vraiment ?) doigts sinon quelques photos de mode, et affligée d'une déplorable tendance à sous-louer son lit et ses charmes au premier mec venu.


A cheval donné on ne regarde point l'oreille, dit encore la sagesse populaire. Voici l'affaire faite après présentations, brèves tergiversations et soigneuse étude des problèmes de compatibilité textile et olfactive. Et ma foi ça ne se passe pas si mal, en dépit de quelques différences de caractère. L'une et l'autre sculptent leur corps, chacune à sa manière, vont ensemble demander crédit au banquier, partagent cigarettes bio à la vache mouillée et un même souci de la gent masculine – encore qu'avec des résultats bien différents.
Chose curieuse, leurs divergences, minimes (ça tombe bien, on est dans le quartier), portent sur les mêmes points : hommes, argent et vices divers, plus le mannequin Myriam et Bruno le chien à queue en pompon. Le conflit se résoudra en une lutte féroce entre Joe Dassin et Cindy Lauper, conclue en embrassades, mamours et concorde retrouvée.

"Remarquez, en mec, je suis pas terrible."
...Mais en fille, ça passe plutôt bien. Nées en 2003, remarquées au Printemps du Rire 2005, "Les colocs" ne sont pas près de lâcher leur appart' de 180 m². Marc Duranteau, co-auteur de la pièce et responsable de la programmation du 57, le reconnaît volontiers : "Ç a a été notre première pièce à vraiment marcher. Chaque année, nous nous disons qu'on va l'arrêter ; mais les gens continuent à rire, alors..." Tout comme il en admet la simplicité de caractère – "nous voulions revenir aux bases du café-théâtre : deux filles, deux chaises et une plante en pot." De fait, les deux chaises sont bien là, au beau milieu de la scène, rouges et ornées d'un jeté à motif de taches bovines ; le liconia tient son rôle dans un coin, toutes feuilles dressées ; le reste de l'espace est dévolu aux filles.
Autant le dire, tout cela ressemble assez au Clan des divorcées d'Alil Vardar. Même argument, mêmes situations, à peine décalés et auxquels ne manquent que le prétexte du divorce et le redoutable effet comique de la fort velue troisième "fille". Ce qui n'empêche pas l'affaire de fonctionner, avec son humour de saynètes et de répliques plutôt bien amenées, une mise en scène sans plus de défauts que de surprise et un rythme soutenu une fois passées les premières minutes de chauffe.
Sonia Desbois y a sans doute la plus mauvaise part. Sa Laure pourrait être la Lucienne des Vamps mais en moins antique, moins villageoise. Pas facile, de faire la chafouine vieillie avant l'âge quand on n'est ni plus vieille ni plus coincée que ça ; pas évident non plus, d'insuffler de l'énergie à une figure par nature et fonction un peu en retrait. Peu à l'aise dans la grimace, mais n'ayant pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent pour donner forme à sa Laure, Sonia Desbois peine parfois un peu à la rendre crédible. Au moins le mauvais caractère, le langage de charretier et quelques bouts de scènes lui donnent-ils l'occasion de se lâcher, et offrir à son personnage de faire-valoir la pêche qui lui manque un peu. Emmanuelle Rey a la tâche plus aisée et se coule sans difficulté dans son rôle de dinde évaporée : belle énergie, gestuelle naturelle et jeu sans souci, que soutient pour le coup un art de la mimique employé sans trop ni trop peu.
Résultat ? Conforme aux attentes : du rire, constant et sans grandes lourdeurs. Les coloc' n'ont pas fini d'accueillir leurs ami(e)s... II

Jacques-Olivier Badia

Les coloc'
Sonia Desbois (la brune) et Emmanuelle Rey - l'autre. (Photos Djeyo / Archives CdlP)







Théâtre - comédie
Les coloc'
De David Duranteau.
Mise en scène : Marc Duranteau.
Avec Emmanuelle Rey et Sonia Desbois.


Durée 1h20.
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Les coloc'