Encore une leçon de jazz pas si jazz que ça, mais toujours aussi passionnante. Le choix du Mandala de faire intervenir des musiciens passionnés et pédagogues fait mouche à tous les coups et, jeudi comme ce soir encore (disons vendredi), la salle du jazz club était bondée de curieux désireux d’apprendre l’histoire du funk.
Mais "résumer l’histoire d’une musique qui a plus de quarante ans en une soirée, c’est presque mission impossible", comme dirait Ferdinand Doumerc (saxophones). En compagnie de quatre autres musiciens, Rémi Leclerc (claviers), Maxime Delporte (basse), Frédéric Petitprez (batterie) et Cyril Amourette (guitare), le saxophoniste du groupe Pulcinella se lance sur la chronologie d’un enfant prodige, celui de la saoul, du rythm'n'blues, celui d’une musique afro par excellence.
Papy James
L’instigateur du funk ? Aussi inévitable que cela puisse être, son nom se trouve sur le bout de la langue : James Brown, le bon vieux papa d'un son qui n’a pas pris une ride, et c’est en 1965 que ce rythme endiablé pointe le bout de son nez. Frédéric tente un résumé biographique du personnage et des caractéristiques de sa musique basée sur la tension et la détente, mais très vite une illustration s’impose et la Tarentule (nom de la formation) explose d’un groove assoiffé. Coupé dans l’élan, le public ne doit pas oublier que cette soirée est didactique ! L’explication des termes techniques est amenée de manière très simple, presque simpliste, très accessible en tout cas pour des personnes musicalement non avertis.
L’évolution de cette musique noire, revendicatrice d’une communauté encore bafouée, est d’autant plus intéressante qu’elle se trouve en phase avec son époque, ses mentalités, ses mœurs. Elle s’affirme à travers une identité rebelle prônant le sexe, la drogue dans les années soixante-dix. Ainsi, le funk de James Brown s’adressait essentiellement à la communauté noire, alors que son successeur Sly Stone édifiera une musique au sens plus universaliste, comprenant au sein même de son groupe des femmes et des blancs, en accord avec l'esprit "Flower Power" des 70's.

Pop, jazz, disco
Le funk, jusqu'alors basé sur le rythme, prend une dimension pop où les paroles prennent une place plus importante ; les arrangements se complexifient et la Motown s’impose. La Motown, en référence au succès de l’industrie automobile et à sa capitale étasunienne, naît à Détroit à l’initiative du producteur Berry Gordy et regroupe les nouveaux, indirectement funky ou issu de cette culture : The Jackson’s Five, Steevie Wonder, Diana Ross, Marvin Gaye etc.
C’est aussi dans les années soixante-dix que le funk et sa façon caractéristique d’imbriquer les rythmes passionnèrent des artistes de jazz tel que Miles Davis ou Herbie Hancock, qui n’ont jamais réussi à produire une musique aussi simple et efficace mais l’ont exploitée pour en faire ce jazz funk aujourd’hui bien connu. Ainsi des standards comme Cameleon ou Actual Proof, maintes fois joués, font encore l’objet de nombreuses jam-sessions.
Plus tard, des phénomènes tels que George Clinton ou Chuck Brown édifient une musique qui s’accouple d’électronique. Parliament Funkadelic et le groupe Chic font leur apparition et, selon Frédéric, la décadence apparaît. Nous rentrons dans l’ère disco des années quatre-vingt où quelques groupes font encore oeuvre de qualité – mais le commercial envahit l’industrie du disque et les violons font perdre au funk ce côté sauvage, profond, affirme le saxophoniste. Mais ce n’est qu’un avis subjectif...
Au final, la mission impossible réussit tant bien que mal et l’on ressort de ce concert avec l’envie de découvrir cette histoire chargée de groove, pleine d’énergie, que le groupe a su réinvestir sur scène.
À découvrir avec passion. II
Quentin Daniel