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Welcome in K-baret !

Didier Carette reprend avec Le procès - Cabaret K
sa vision a-kafkaïenne de l'oeuvre de Kafka.
"On avait sûrement calomnié Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal,
il fut arrêté un matin..." - Franz Kafk
a, Le procès

Mais qui est donc Didier K-rette? Le metteur en scène d’Un Tramway nommé désir dépouillé, vériste même, au plus près des émotions humaines, ou l’ordonnateur (associé à Marie-Christine Colomb) de ce Procès dont la mise en scène se trouve quelque part entre l’opéra-rock et le cabaret ?
Tout cela à la fois, le maître du Sorano est un Janus qui cultive avec délectation l’art du contre-pied. On attendait un univers "kafkaïen" à coup de portes s’ouvrant sur d’autres portes, de labyrinthes administratifs hantés par des scrutateurs habillés en complet de tweed. On découvre pour tout tribunal une salle de music-hall et des personnages enlevés davantage du monde interlope de Copi que de l’univers en grisaille de Franz Kafka. Le brigadier italien (sous les traits de Régis Goudot) qui guide K dans ces interrogatoires est un latin lover pathétique, mademoiselle Bürstner, l’évanescente amie de Joseph, une meneuse de revue fantoche, l’étudiant en droit pourrait être un membre du groupe Kiss et madame Grubach la logeuse est entre le travesti et le clown triste…
Pour le spectateur, il faut bien un bon quart d’heures pour faire son deuil du "poncif kafkaïen", que le couple Carette-Colomb a pris soin ainsi de contourner. Puis vient normalement l’instant où il accepte la réactualisation de la parabole pour finir par l’apprécier comme un acte engagé et politique. Pas de doute que si K devait revivre aujourd’hui son procès, c’est dans un cabaret tel que celui-là qu’il le revivrait. Les juges seraient bling bling, les séances entrecoupées des rires benoîts et des applaudissements primitifs d’une sitcom, les sentences seraient rendues en musique et le jury populaire voterait par SMS le salut du condamné.


Le procès 3

Reste que la souffrance de K, accusé d’on ne sait quoi par on ne sait qui, universelle et profondément tragique, ne pouvait, elle, supporter la charge caricaturale. Incarné, autant que l’individu K puisse être incarné, par l’excellent Tischa Vujicic de la compagnie Tatoo, il oppose avec toute la conviction de son petit accent serbe, qui renvoie naturellement au statut éternel de l’étranger, une certaine sincérité à l’hypocrisie sociale des autres personnages. Et c’est là, par la tension maintenue entre ses interventions balbutiées, livrées dans un souffle, et la rhétorique de ses contradicteurs, en particulier du brigadier interprété par Régis Goudot, que repose toute la mise en scène du Sorano. Dans un va-et-vient nécessaire, qui permet un équilibre fragile entre la pantalonnade et le nerf dramatique.
Pour le reste, l’histoire du procès le plus célèbre de la littérature est inchangée. Joseph K, l’anti Bel Ami, déchoit par les femmes, tombant de l’épouse de l’Huissier en Léni comme de Charybde en Scylla, offrant son cas à un avocat qui n’en a que le titre (interprété magistralement par Didier Carette) pour finir par se perdre dans les méandres de la Loi, jusqu’au point de non-retour.
Une fois le verdict non prononcé mais la sentence accomplie, le spectateur demeure un peu hagard. Toute cette musique entêtante et ces pas de danse, ces tableaux très picturaux, spectaculaires, qui ponctuent ça et là la narration, avaient uniquement pour but de cacher derrière l’agitation, le bruit et le symbole, comme autant d’épais masques de fumée sonore et visuelle, le triste crime qui se préparait… Et s’il est un procès qu’on ne peut pas faire au Sorano, c’est de ne pas avoir rendu à sa manière le sentiment palpable d’un grand malaise, qui définit tellement l’œuvre de Kafka. II

Bénédicte Soula

Le procès 1
Tangence Asa et "réplicata" du "Déjeuner d'Alain". (Photos Patrick Moll)




Théâtre
Le procès
De Franz Kafka / Groupe Ex-Abrupto
Mise en scène : Didier Carette et Marie-Christine Colomb.
Avec Grégory Bourut, Didier Carette, Céline Cohen, Marie-Christine Colomb, Régis Goudot, Jean-Luc Krauss, Céline Pique, Gilduin Tissier, Tischa Vujicic.
Musique : C. Castellat, C. Cohen et J-S. Michalski.
Décor : J. Castellat, C. Presseq. Costumes : B. Tribouilloy.

Durée 1h20.
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Le procès 2