accueil/critiquesà veniragendaaccueil à côtésliens

On s’en bat les reins !

Pas spécialement slameur, pas seulement chanteur,
Koumekiam impose au Bijou
ses récits de la vie qui se plante. Et se relève.

IIl fallait bien trouver la petite case qu’il manquait pour que Koumekiam existe ! Du slam, de la chanson, le raccourci est vite fait… En vérité, le slam ou la chanson sont des moyens d’expression, de l’art quoi, après le reste "on s'en bat les reins !"
Koumekiam, c’est l’enfance, le rêve et l’insolence, l’épingle qui perse la baudruche trop belle pour être vrai, la vraie vie, celle dont on n'a plus peur, celle où l’on se plante. En duo au Bijou, accompagné de son compagnon de création Arnaud à la guitare, il incarne le charisme du mauvais élève, sincère, trop rêveur pour être menteur.
Ses textes, du vécu à l’état pur, aucun non-dit. Des ressentis, parfois narrés, parfois coups de gueule, coquins ou enfantins, font du personnage un poteau, comme dirait Renaud. Un garçon qui se livre, qu’on écoute attentivement lorsqu’il raconte ses voyages, et pour les voyages de Koumekiam, l’avion n’est pas toujours nécessaire. Certes la Roumanie, c’est pas la porte à côté, l’Iran encore moins, mais le dos d’une femme, le p’tit jeune de la banlieue ou encore les périples de l’intermittent, ça c’est du contexte de proximité. Il ne se formalise pas sur les sujets à aborder, ne se place pas en donneur de leçon ; tout est bon à prendre, même la difficulté d’écrire en abyme. Alors finalement ses histoires, seulement poétiques, poétiquement vulgaires ou vulgaires car nécessaires, font sens sans qu’il mâche ses mots.
Et parlant des mots, ils sont chantés, rappés, slamés avec une virtuosité plus qu’impressionnante : même si les sourcils se froncent pour saisir dans la rapidité de l’instant, le maximum de phrases possible, le duo a su organiser son répertoire pour permettre au public de rebondir entre tension et détente.


Koumekiam

Dans l’infinie récurrence des textes abordant l’amour, les injustices, passons pour le reste… Koumekiam réussit à insérer dans une sorte de jeu, des messages s’inscrivant à l’intérieur de notre mémoire comme une bonne vielle histoire de grand-mère, en plus moderne. Ainsi le gosse qui prend son regard mono-sourcil et qui te balance "qu’est ce que tu’m'regardes de travers, j’vais te fumer fils de pute !", on a d’abord envie de lui faire un gros câlin, car un gosse de douze ans, ça aime les histoire de fantôme ou Kirikou. De la même façon, la femme gagne assez de points TEG (taux d’éclatage de gueule) pour sortir vainqueur du grand prix de "Qu’est ce qu’on en chie".
Les caricatures échappent au danger de ce genre d’exercice, font sourire au sein d’une écriture maîtrisée, laissent pensif en bonne suite de la décontraction des zygomatiques. Mais les textes, se suffisant à eux-mêmes, prennent de l’ampleur grâce à l’étroite relation artistique qu’entretiennent Arnaud (guitare) et Pascal, l’un dans sa façon singulière de manier les sons et les styles, l’autre aux lumières qui, au lieu de rester extérieures au projet, insèrent une composante trop souvent négligée dans la mise en scène et la relation avec le projet artistique. "Au niveau de la musique, des paroles comme des lumières, il y a ce côté vivant, non figé et qui apporte une proximité avec le public vraiment importante", dit Pascal.
Bref, par ces temps neigeux, un concert chaleureux qui redonne l’énergie du changement, de l’expression primitive mais sensible, dans un style qui n'appartient qu'à lui. II

Quentin Daniel

Koumekiam
Koumekiam ; en bas, avec Arnaud. (Photos DR)











Chanson

Koumekiam

Avec Koumekiam, Arnaud et Pascal.
galerie d'images (vide)portrait (vide)interview (vide)
Koumekiam