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Limoncello and vodka

Premier aperçu du quinzième festival "Nez Rouges"
de Saint-Orens, avec Kalinka de la Cie Nando & Maila.
Avant une nouvelle semaine de folie.

Nez rouge, qu’es aco ? Eh bien, à part l’attribut du clown associé à l’art circassien en général, c’est le nom d’un festival autour du cirque à Altigone, Saint-Orens. Pour cette quizième édition dédiée à feu le directeur du Lido, Henri Guichard, le Clou a assisté à Kalinka qui, en plus de renvoyer à la Russie par cet air universellement connu, sert de nom au spectacle proposé par la compagnie italienne Nando & Maila. Vous suivez toujours ? Entre Ritals et Ruskofs, le tempérament chaud de la Méditerranée et la fierté farouche des steppes toundresques, le chaud et le froid, la fougue et la superbe… Vous voyez où je veux en venir ou j’en rajoute une couche ?

Des clichés, la pièce s’en sert pour dresser le décor : Mascherpa, le manager italien de Maila, artiste acrobate russe, est aussi macho que le lion du magicien d’Oz est courageux. Sa compagne et artiste, dont la superbe le dispute à la rigidité de l’ex-bloc soviétique, manie aussi bien le trapèze que la terreur stalinienne. D’ailleurs, ce n’est pas le public qui est convié à participer, c’est Maila qui l’y oblige, menaçant l’assistance masculine de subir les mêmes sévices qu’un Mascherpa désobéissant : "ia !" (elle resserre la main d’un geste vigoureux en indiquant un emplacement en dessous de la ceinture). C’est dire si elle est persuasive… Son art en est martial !
Pour en revenir au spectacle même, on assiste à du cirque dans du cirque : Mascherpa, le manager, fait la promotion de l’artiste et compagne acrobate. Mais on sait bien qu’amour et travail ne font pas bon ménage et les disputes ne tardent pas à pleuvoir : Maila vole la vedette à Mascherpa, macho dompté, et ce dernier cherche à tempérer l’intransigeance d’une Maila qui ne concède rien sauf à l’excellence de son art, vestige de la gloire soviétique passée dans le cirque comme dans le sport, l’un ne différant, en dernière instance, de l’autre qu’en apparence.
Les deux artistes, tantôt duo tantôt duel, en ont gros sur la patate et ne se gênent pas pour régler leur compte devant une assistance qui ne sait s'il faut rire ou compatir au sort d’un Italien mené à la baguette. Mais l’orage passé arrive la réconciliation, aussi passionnée que la brouille a été orageuse. En gros, nos deux compères circassiens mettent en scène le couple parodique d’une femme à poigne et d’un Rital soumis. Leur solution ? L’art, bien sûr ! La transfiguration, ou comment la sublimation transforme la scène de ménage où l'on règle les comptes à coup de casserole en un tango accordéon-violon dansé serré sur une scène de théâtre. À la vie, à l’amour, tel pourrait être le leitmotiv du duel-duet auquel se livre le couple en live.

Bien, que rajouter sinon que les deux artistes font leur cirque. Il n’est pas seulement question de performance mais de théâtre, d’humour et de musique. Les deux comparses font feu de tout bois : des instruments traditionnels aux samples de percussion et de basse tirés de la structure servant de décor.
Maila, c’est la touche cirque plus traditionnel, avec ses performances au trapèze, à la corde ou au monocycle. Mascherpa, l’homme orchestre, c’est la touche galante italienne, du balalaïka à la mandoline milanaise. Les deux, opposés et complémentaires, ne peuvent s’empêcher de faire leurs tours sans rajouter toujours plus de la difficulté à la tâche : s’échanger les instruments, chanter à deux cents à l’heure, jongler, tout en même temps. La performance est mise en scène, toujours servie avec humour.

Tout participe d’ailleurs d’une situation théâtrale : jusqu’à la langue qui caractérise les deux protagonistes, par l’exotisme mais surtout par la caricature. C’est clownesque, il ne faut pas l’oublier : du cirque sur le cirque, mise en abyme et tout ça. Les séquences se succèdent et offrent à chaque fois un nouveau domaine où les deux artistes excellent
Seul hic, la trame justement, quasi inexistante. Un décor est dressé, une situation suggérée, mais pas d’évolution sinon à la toute fin où Mascherpa, blessé dans son orgueil, menace de partir tout seul en Tchétchénie. Alors Maila, tout à coup conciliante, lui déclare son amour et le suit, l’accordéon dans le dos, sur les routes où les deux comparses vont poursuivre leur aventure au son des casseroles et des castagnettes. C’est cyclique quoi. Les amours aussi, que vous me direz. Ce n’est pas faux, mais s’il y a bien quelque chose que le cirque n’imite pas, c’est la nature. À part ce détail, riquiqui bémol, Kalinka, c’est la douce folie slave mêlée au génie artistique latin. "Kalin-ka kalin-ka kalin-ka moia !" II

Christophe Lucchese

Kalinka
L'art du management artistique. (Photos Camille Chalain / Le Clou dans la Planche)












Cirque - Festival Nez Rouges

Kalinka

Cie Nando & Maila.
Avec Ferdinando d'Andria et Maila Sparapani.

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Kalinka