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Le jardin à musiques

Catherine Fontaine embarque les trois ans et plus
dans un concert énergique avec "Le jardin du voisin",
cette semaine au Chapeau Rouge.

Ils étaient nombreux, trois ou quatre classes bien bon, soit une centaine de personnes avec l'encadrement. Aussi enthousiastes que disciplinés. Et petits, très petits : autour de trois ans pour l'immense majorité, augmentée de quelques audacieux abordant de loin l'âge de raison – disons six ans à tout casser.
Tous bambins, on l'a compris, venus au Chapeau Rouge assister au concert de Catherine Fontaine en son jardin, ou plutôt dans celui du voisin puisque tel est le titre, entre palmiers, fleurs, libellules et lutins, par une brume de jungle tintinnabulante de pioupious aviaires.


"Oh mais c'est quoi qu'est-ce ?"
La salopette est orange, la guitare tout ce qu'il y a d'électrique et la chanson tranquillement rock, qui invite l'auditeur dans ce jardin somme toute assez banal, peuplé de petits nains dont la plus étrange caractéristique est sans doute de se nourrir de pois chiches, avant de basculer sur une tonalité plus caraïbe pour évoquer les demoiselles à robe rouge tachée de noir – "la coccinelle tout au bout de mon doigt me chatouille de ses ailes" – un petit clin d'oeil à la comptine en prime ("Coccinelle, demoiselle"... ça ne vous dit vraiment rien ?).
Voilà pour le début, plutôt pépère. Pépère ? Qu'à cela ne tienne, place à l'imagination et à la musique qui dépote. Ainsi déboule de l'autre côté du miroir la grande consolatrice des tortues, dévoreuse de friandises aux étranges effets et familière des lapins pressés, Alice elle-même, flanquée de son copain Lewis – Caroll, cela va sans dire pour le grand ; ainsi part-on en rocking-chair pour le pays des songes où des chevaux fous parcourent des sables (é)mouvants entre les dunes qu'ornent les châteaux. Mais bon, "c'est pas l'tout de rêver, hein les enfants ?", surtout qu'il y a des rêves qui font peur. Et, heureusement, le super-héros qu'il faut pour tout remettre à sa place : éléphant échappé, Joconde volée, Président carié, le voici qui débarque et hop, "du tac au tac l'affaire est dans le sac" et le banjo swinguant.
Blues de Laure, boîte à musique et pluie d'automne, escargot tôt levé, limace, crapaud et ver luisant n'y pourront rien, "l'heure de la sieste est finie". Aussi faut-il bien aller voir Tatie (Danièle, eh oui), vach'ment sympa mais tout de même pas si commode, parcourir dans la nuit le petit chemin soul-rock où se croise le loup à grandes quenottes – "S'il vous plaît, ne me tentez pas" – swinguer avec M. Catastrophe, roi de la gaffe en série à la calebasse habitée d'un pauvre asticot et s'affronter, maracas-ananas en main, à grands coups de "Séçuikidikidikidikidikidikidikié" avant de se remettre d'aplomb avec un bon boogie-booga : lait, chocolat, miel (jusque-là tout va bien), ketchup, moutarde et bave de crapaud. Y a pas à dire : le monde est beau...

"On dirait le pays du bonheur"
On le sait depuis Anne Sylvestre et Henri Dès, ce n'est pas parce que les enfants sont des enfants qu'il faut les prendre pour des cervelles plates, et la chanson est sans doute le domaine du spectacle jeune public à avoir évolué le plus rapidement, oubliant la comptine poussiéreuse au profit de compositions neuves, enlevées et même relevées (qu'on pense par exemple aux P'Tits Loups du Jazz). Catherine Fontaine, que le Chapeau Rouge avait déjà invitée avec son "Concert pour la marmaille", fait donc partie de ces auteurs-compositeurs-interprètes décidés à nourrir les loupiots de musique sans pour autant les bourrer d'âneries.
On l'a vu à ce qui précède, ses thèmes restent toutefois pour le moins juvéniles : peur du noir, blues de l'école, rêves, famille, copains, nature et goûter. Rien que du mâché et remâché, d'accord, mais surtout adapté à un public vraiment jeunot démarrant à trois ans.
Là où les choses se corsent aimablement, c'est côté musique : au diable le concert plan-plan, gnangnan, il n'y a pas de raisons pour que les pitchous ne s'éclatent pas comme les grands. Catherine Fontaine (guitares, banjo et chant) et sa complice Marie Bazin (percussions, batterie, accordéon et choeurs) se baladent donc de style en genre et réciproquement pour offrir à leur public un concert éclectique et pêchu, propre à faire bondir, glapir, commenter et battre des mains à qui mieux mieux. Grisailles blues et rappels de comptine ne servent guère qu'au repos entre swings bien balancés, tempos boogie, fureurs métal – version maternelle, on ne va tout de même pas leur faire fondre la cervelle – ondoiements tropicaux, soul et rock bien rollé. Ne reste qu'à y ajouter la complicité des deux musiciennes, un certain refus de la facilité (lexicale, notamment), ce qu'il faut d'humour et de bonne humeur et un très bon contact avec le parterre de têtes blondes, brunes ou autre, pour enlever l'affaire.
"Vous savez ce que ça veut dire, le blues ? – Noooon ! – C'est bien." Voilà. II

Jacques-Olivier Badia

Le jardin du voisin
Hail rock'n'drôle : Catherine Fontaine, en haut, et Marie Bazin.
(Photos Djeyo / Le Clou dans la Planche)








Concert - jeune public à partir de 3 ans
Le jardin du voisin
Avec Catherine Fontaine (guitares, banjo, chant)
et Marie Bazin (batterie, percussions, accordéon, choeurs.
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Le jardin du voisin 2