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L'homme
qui joignit les deux mers

Une création en cours à l’occasion
du quatre centième anniversaire de Pierre-Paul Riquet,
à venir en juin prochain.

Voici une création peu ordinaire qui déserte les planches des théâtres pour prendre pied sur celles des péniches, qui concerne Toulouse et plus largement le midi de la France : à l’occasion de l’anniversaire de Pierre-Paul Riquet, vous pourrez voir en juin le spectacle d’extérieur Les écluses du temps, d’après un texte d’André Benedetto. Cette création pour le moins originale est concoctée par Théâtr’Hall, compagnie installée depuis 1981 dans une ancienne fabrique de Castelnaudary transformée en lieu de résidence. Après s’être frotté à Rimbaud (Je est un autre) et Albert Cohen (Le cours de séduction), et tandis qu’il propose un morceau de clown aux enfants (Ploum ploum tra lala, en ce moment au Fil à Plomb), l’éclectique Jacob Haggaï met en scène ce spectacle itinérant mêlant textes et chants.

"Faire de l’obstacle un passage"
Qu’est-ce que le canal du Midi aujourd’hui pour le Toulousain ? Une droite aquatique que le cycliste ou le joggeur longe régulièrement sans y penser, ornée ici et là par quelques péniches-restaurants qui ont résolument jeté l’ancre, sans parler de toute cette mythologie urbaine que de sombres histoires nocturnes ont alimentée - longer le canal en pleine nuit, gloups !
Généralement, ce sont les touristes qui l’apprécient à sa juste valeur, qui en suivent les prolongement ruraux avec le plus grand plaisir. Car il file imperturbablement sur 241 km entre l’étang de Thau et Toulouse, ce canal, sans compter sa prolongation côté Bordeaux, qui lui vaut environ deux cents kilomètres de plus.
Pour Jacob Haggaï, jouer ce texte mi-documentaire mi-poétique de Benedetto est une façon de parler de sa région, de rendre hommage à un ouvrage sans précédent. Ainsi Théâtr’hall propose un triptyque au rythme des écluses, cherche à recréer l’histoire étonnante de ce compromis entre un cadre naturel et la technologie. Ce fut le rêve antique d’un Auguste, l’idée caressée par un Henri IV : on le disait impossible à construire, un ingénieur de génie en vint à bout.

"Quand ils sauront ce qu’elle coûte, la vitesse"
Les écluses du temps, c’est tout d’abord la déclaration d’amour d’un promenadier à cet ouvrage rendu vétuste par d’autres technologies, voué à la plaisance, lui qui joua un si grand rôle pendant deux siècles, avant de se faire voler la vedette par le chemin de fer. Dans le premier volet, La Promenade sur le canal, cet amoureux bourru aux accents ensoleillés rappelle ainsi ses heures de gloire et de rêve. Des chants occitans tournent la page (Claude Sicre à l’aménagement musical !), on est résolument au cœur du Midi.
C’est ensuite l’histoire d’une innovation économique, comme l’explique L’homme de Colbert. Avant que le Canal des Deux Mers soit construit, la circulation des marchandises se faisait le long des côtes, par le détroit de Gibraltar. En 1666, Riquet défend son projet auprès du roi en faisant valoir l’intérêt économique de son projet : faire en deux semaines ce que les bateaux accomplissent en deux mois, en toute sécurité, sans tempête maritime ni pirates. Cette entrevue avec Colbert et Louis XIV, qui se solda par une signature, fut aussi le partage d’un rêve de grandeur dont le roi ne se priva pas.
Et enfin, des réalités teintées de poésie : on en vient à cette aventure humaine conséquente, soit douze mille ouvriers, hommes et femmes de 20 à 50 ans œuvrant pioche en main, dans des conditions salariales étonnantes sous le règne du Roi Soleil – tout reste relatif, mais rien de comparable aux ouvriers de Versailles.
Avec le dernier volet, La Dame du Malpas, Benedetto porte l’histoire du canal au seuil de la légende, la peuple de spectres. Cette dame chante ses mains abîmées par quatorze années de labeur – "j’ai porté des terres de toutes les couleurs". Elle rappelle que trois femmes ne valaient que deux hommes et conte le secret du "tiers perdu".
De la grande Histoire dans ses aspects les plus pragmatiques et matériels au lyrisme des petites histoires liées à cet ouvrage d’ampleur exceptionnelle, le texte de Benedetto et la mise en scène de Jacob Haggaï s’attachent aussi à joindre, à lier le passé et le présent, le décor quotidien et ceux qui le construirent, le vécurent véritablement. II

Manon Ona

Ecluses du temps
Jacob Haggaï, maître des écluses. (Photos Mona / Le Clou dans la Planche)








Théâtre d'extérieur
Les écluses du temps
d'AndréBenedetto / Cie Théâtr'Hall
Mise en scène : Jacob Haggaï.

Au mois de juin sur le canal du Midi.
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Les écluses du temps 2