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Feydeau
entre Kafka et Borges

TNT encore, où la troupe du théâtre de Nanterre-Amandiers rend à Feydeau une vigueur nouvelle.

D’abord, vivat les comédiens de cette Dame de chez Maxim qu'offre le TNT ! En particulier le rôle principal masculin Nicolas Bouchaud, aussi admirablement dingue en docteur Petypon qu’en roi Lear. Mais aussi l’increvable Norah Krief sous les atours froufrouteux de la Môme Crevette. Et derrière dans ses jupons comme une nichée de chatons, toute la troupe du théâtre Nanterre-Amandiers (Stephen Butel, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda) à laquelle il faut ajouter le comédien Gilles Privat, impayable sous l’uniforme du général Petypon du Grêlé.
Vivat ensuite Georges Feydeau pour cette intrigue abracadabrantesque, peut-être l’une de ses meilleures. En deux mots : un certain docteur Petypon trouve, après avoir nocé toute la nuit chez Maxim, la Môme Crevette à demi nue dans son lit. Le malheur veut pour lui que son oncle, le général Petypon, rencontre ainsi la frétillante jeune femme, qu’il prend naturellement pour sa nièce… D’où l’invitation à la grande cérémonie qu’il organise dans son domaine de Touraine pour marier son autre nièce, plus ingénue celle-là.
L’arrivée de la Môme dans la haute bourgeoisie provinciale rappelle avec bonheur le célèbre épisode de l’œuvre de Maupassant, lorsque les pensionnaires de la Maison Tellier s’invitent à une première communion à Fécamp. La fille de petite vertu devient la représentante du chic parisien et donne l’occasion à l’auteur de s’amuser follement à vilipender la bêtise bourgeoise, le snobisme, l’hypocrisie et le ridicule d’une société que Flaubert a par ailleurs merveilleusement brocardée. C’est toujours efficace.


La dame de chez Maxim

Efficacité comique, recherche contemporaine
Enfin, gardons des applaudissements pour Jean-François Sivadier qui renouvelle l’exploit du Roi Lear, présenté il y a deux ans, en donnant un spectacle de trois heures et demie qui n’en paraît que la moitié. Exploit rendu possible grâce à une mise en scène originale, alliant à l’efficacité comique attendue d’un vaudeville une recherche formelle des plus contemporaines, fondée sur le mouvement dans le jeu, la dynamique dans l’enchaînement des tableaux et l’interactivité avec le public.
Quant au décor, quelle idée sublime que cet univers mi-Kafka mi-Borges ! Des portes tombent du ciel, quand ce ne sont pas les costumes nécessaires à l’intrigue, les chambres deviennent des catafalques sur roulettes et le lit conjugal trônant au milieu de la scène suggère au premier acte un petit théâtre dans le théâtre. En lieu et place de l’appartement parisien ou du château de Touraine, s’offre à nos yeux toute une machinerie composée de cordes attachées à des systèmes de poulies actionnées au besoin par des manœuvres à la manière de sonneurs de cloches.
Ainsi proprement dynamitée, la contrainte de lieu imposée par la pièce fait place à un nouvel espace de jeu étendu à la salle du public (fossé, fauteuils des spectateurs, escaliers latéraux…) mais aussi aux coulisses. La scénographie exploite également les différents plans qu’offre l’espace scénique pour un jeu efficace sur la perspective. Superbe.
Si ces apports stylistiques ont déjà été vus en partie dans Le Roi Lear, ils semblent plus appréciables que jamais dans un registre théâtral encore très souvent convenu. Si l’on termine en disant qu’un petit chant polyphonique accueille les parisiens en province, que Norah Krief nous offre sa version des Nuits d’une demoiselle de Colette Renard, que l’on danse quadrille et farandole au château du général et que le jeune duc énamouré de Valmonté ne se déplace qu’en claquettes et entrechats, la messe est dite.
Le spectacle est une fois de plus complet. Plaisir du cœur et plaisir des sens. Et satisfecit de l’esprit face à un travail ô combien intelligent. II

Bénédicte Soula

La dame de chez Maxim
Opéra-camique et tragi-camique. (Photos DR)



Théâtre
La dame de chez Maxim
De Georges Feydeau / Mise en scène : Jean-François Sivadier.
Avec Nicols Bouchaud, Norah Krief, Cécile Bouillot, Stephen Butel, Corinne Fisher, Gilles Privat, Anne de Queiroz, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda, Raoul Fernandez, Nicolas Lê Quang, Catherine Morlot, Jean-Jacques Baudouin, Christian Tirole.
Scénographie : Jean-François Sivadier, Christian Tirole.
Lumières : Philippe Berthomé. Costumes : Virginie Gervaise.

TNT - Théâtre de la Cité, 1 rue Pierre-Baudis à Toulouse.
Tel. 05 34 45 05 05.
www.tnt-cite.com
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