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Avec ou sans pépins ?

Ancien Un banc tout simplement, bientôt Tu viens ?, Croktapom fait voler la pulpe
une nouvelle fois au théâtre du Grand Rond.

L’histoire pourrait se passer dans un jardin public, à cause du banc et malgré sa couleur, rouge vif. Peut-être aussi à cause du chien, caisson de bois que l’un des deux personnages trimballe au bout d’une corde en lui disant : "Allez ! Tu viens !"
C’est l’histoire d’une rencontre entre deux hommes chargés de contrastes, qu’a priori tout sépare et qui pourtant se complètent. L’un est grand, jovial et affiche un indéfectible sourire tandis que l’autre, petit, taciturne, est réservé voire introverti. Le premier est sorti promener son chien tandis que le second semble être venu chercher la tranquillité d’un coin de banc pour manger sa pomme en toute quiétude. C’est sans compter la présence importune de son compagnon de banc…


Le meilleur ami de l’homme
Si l’on se fie aux vieux dictons qui hantent la vox populi, il est admis qu’il s’agit du chien. Mais dans le cas présent, c’est l’un de nos deux protagonistes qui semble être le meilleur ami de son chien et le plus dépendant des deux. Relié par une substitut de laisse à un substitut de chien, l’animal procure à son propriétaire une jubilation bêtifiante face de laquelle on ne peut que sourire quand on pense à la gâtification désarmante qui unit tant de gens face à leur tendre bête lorsqu’il s’agit, entre autre, d’aller chercher la baballe.
"Allez ! Tu viens ! Oui ! Voilà ! C’est ça !" répétées en boucle et déclinées sur tous les tons, sont quasiment les seules paroles du spectacle. Le chien, objet d’attention, devient source de jeu et permet à son propriétaire d’établir un contact avec son voisin de banc qui, les cheveux gominés et l’air chagrin, sort minutieusement de sa sacoche sa serviette à carreaux blancs et bleus pour tenter de croquer sa pomme après l’avoir faite reluire. L’homme au chien, la réactivité toujours en éveil, intercepte le fruit et le silence parsemé d’interventions canines se transforme en jonglerie. Le chien redevient par moment la caisse en bois contenant des balles de jonglage et le clown triste s’égaille peu à peu. Le temps d’une jonglerie, le clown joyeux lâche le chien pour l’homme et le lien qui s’établit, de manière tacite, entre les deux individus a tout l’air d’être l’augure d’une amitié indécrottable.
Au bout d’une heure de compagnonnage agrémenté de maints rebondissements, ils repartent comme ils étaient venus. S’ils ont été enrichis et transformés par leur rencontre, ils n’en laissent rien paraître : l’un s’en va, la sacoche à la main, l’autre le chien au bout de la laisse. En quittant la scène, il lui ordonne avec enthousiasme et comme si c’était la première fois : "Allez ! Tu viens !"

Le comique du clair-obscur
Dans ce duo clownesque jonglé, l’humour est accentué par les contrastes qui existent entre ces deux personnages, le premier vivant dans l’ombre du second qui le met peu à peu en lumière. Il y a dans leur clown un peu du Pierrot et de l’Arlequin, et dans leur jonglerie la légère gaucherie que comporte leur personnage. Peu importe l’exploit technique, fort maîtrisé cependant lorsqu’il s’agit de jongler à cinq balles ou d’effectuer des enchaînements audacieux, quand la balle n’atteint pas son but, la situation devient matière à improvisation.
En constante interaction avec le public, le clown joyeux attrape au vol la moindre occasion de jouer avec l’assistance et les enfants s’en donnent à cœur joie lorsqu’il s’agit de renvoyer des balles. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit d’un spectacle destiné à tous, et pour éviter la confusion que peut procurer la mélodie enfantine du titre Croktapom, sachez que ce spectacle est en passe d’être rebaptisé Tu viens ! – ce qui ne sera jamais que son troisième titre.
Ces deux mots retentissent avec éclat dans ce spectacle quasi muet où Jérémy Olivier incarne avec expressivité un clown mutique. Les émotions et les sentiments sont exprimés par les gestes, les mimiques ou les expressions, ne cessant de confirmer que pour transmettre l’essentiel, on peut bien se passer de mots. Au cœur de leur communication, il y a le jonglage, l’une des spécialités de Jérémy Olivier et Thomas Lafitte, issus tout deux des ateliers du Lido, puis de l’école de cirque de Lyon. Les deux amis ont créée avec Tu viens ! leur premier "crumble circassien", une heure de drôlerie à suspens (va-t-il parvenir à manger sa pomme ??) qui régale le public, très enthousiasmé par le spectacle.
Une histoire où les pommes rebondissent plus qu’elles ne chutent, à croquer tous âges confondus et quelle que soit la saison. II

Mélinée Benamou

Croktapom
L'art du casse-croûte volant. (Photos Camille Chalain / Le Clou dans la Planche)












Cirque
Croktapom
Cie Toi d'Abord.
Créé et interprété par Thomas Lafitte et Jérémy Olivier.
Mise en scène : Johan Lescop.

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Croktapom