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Donnez-la à ces messieurs

Christelle Larrouy, deuxième des trois lauréats
du septième Coup de Chapeau, reprenait son solo
mercredi soir au Chapeau Rouge.

Comment une petite souris peut-elle se transformer en escargot tout chaud ? Ou encore, comment une enfant peut-elle ne pas suivre son paisible chemin vers l’âge adulte, comment peut-on se métamorphoser dans la douleur… ne jamais être tout à fait soi et une, à l’intérieur. Extérieurement, c’est bien une femme qu’incarne Christelle Larrouy, lauréate du précédent Coup de Chapeau, dans Le cri de l'escargot, spectacle dont elle est aussi l’auteur et la metteur en scène.

"Fermer les yeux. Arrêter le contact."
C’est une jeune femme très fatiguée qui égraine ses douces névroses et ennuis quotidiens au début du spectacle – plus tard, il y aura moins de douceur. "Je ne suis pas malade", explique-t-elle, "je ne peux pas dormir, c’est tout. " Insomnies et sur-tabagisme, à raison d’un paquet de clopes tous les matins, jusqu’à la menace d’asphyxie. Bon, soit. Névrosée, pensons-nous.
Quand elle commence à évoquer sa mère avec laquelle elle a longtemps vécu et cette histoire de déménagement, manifeste par la présence de cartons sur scène, on ne s’étonne pas plus que ça. Quand la comédienne se met à passer du personnage de la fille au personnage de la mère, à s’adresser à des interlocuteurs difficiles à identifier (parmi lesquels un certain monsieur Fontaine, médecin visiblement) à se démener, à empoigner un couteau… Naît alors un sentiment d’inquiétude, tandis qu’on entre sur le terrain de Folie.
La suite, on ne cherchera pas à la narrer, car la folie a une logique qui n’est pas toujours celle des mots ni des fils narratifs… Des indices se mettent en place dans un enchevêtrement de petits récits. On y entrevoit une mère alcoolique, des relations glauques… un homme, qualifié de pervers… Des éclats nerveux voire hystériques rendent difficile ce pénible accouchement des souvenirs – la jeune femme regarde ses cartons de biais ("il y a là tout ce qui me compose et me décompose"), comme s’ils allaient lui renvoyer son existence à la face au moindre déballage.

Le cri de l'escargot


Un solo, certes, mais peuplé de fantômes, habité. Plusieurs voix s’affrontent en ce personnage trouble, à l’identité instable. Difficile d’en percevoir nettement les contours, tant le texte cherche à égarer le spectateur dans le vertige schizophrénique d’une quête éperdue de dialogue… Ce pourrait être l’histoire d’une impossible solitude, faute d’acceptation de soi. Pas de réintégration possible du moi autrement que dans cet éclatement de la parole, qui juxtapose passé et présent, mère et fille, femme et enfant, comme pour renouer des liens impossibles…
Sur scène, pas grand-chose, à l’exemple d’un espace anonyme, pas encore investi. Difficile à occulter, ce tas de cartons à l’apparence anodine, qui durant tout le spectacle s’imposent comme des éléments à ouvrir, à livrer au grand jour – et c’est bien là l’enjeu de cette expédition dans les méandres de sa personnalité, ou plutôt la version matérielle d’un dévoilement. La fin du spectacle s’y porte tout naturellement et le moment x est très réussi, très intense (grâce au caractère suggestif de l’image, notamment).
On peut émettre quelques réserves sur le pourquoi du comment du personnage, sur cette volonté que la comédienne a eu de donner à cette belle chute des justifications. Alcoolisme, trauma… on en vient à des clichés dont l’ensemble du spectacle pouvait largement se passer – dont la folie peut se passer. Mais peu importe, l’intérêt est d’avoir réussi à mener le spectateur vers un instant de véritable inquiétude, un instant qui fait résonner toutes les minutes de jeu qui ont précédé.
Comédienne généreuse, personnage troublant : joli coup de chapeau. Et l’escargot dans tout ça ? Ah, on ne va pas tout vous dire, non plus... II

Manon Ona

Le cr de l'escargot
Christelle Larrouy pendant le Coup de Chapeau 2008. (Photos Djeyo / Archives CdlP)







Théâtre
Le cri de l'escargot
Ecrit, mis en scène et interprété par Christelle Larrouy.

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