Après avoir arpenté la capitale, bourlingué dans tout l’Hexagone et décroché quelques prix aux festivals d'humour de Villeneuve-sur-Lot (Premier prix du Jury et Prix du Public) et de la Ville Rose (Trophée nouveaux talents au Printemps du Rire), le Couple en délire pose ses valises de gags sur la scène du café-théâtre Les Minimes.
Véronique Delille et Jean-Philippe Lallemand, couple à la scène comme à la ville, sont des virtuoses du hachis. Auteurs, ils passent à la moulinette les situations cocasses et vécues de la vie d’un couple (le leur ?), les malaxent et les assaisonnent de leur grain de sel et de leur impertinence. Interprètes, ils servent ces sketches nappés de loufoquerie à un public qui, mis en appétit par le menu annoncé, s’en pourlèche d’avance les babines.
Mise en bouche
Prologue ou mise en bouche pour annoncer le plat de résistance. Les spectateurs, installés, découvrent des comédiens pas tout à fait prêts sur une scène plutôt vide. Qu’importe ! Nos deux toqués dévoilent à la convoitise du public un aperçu de la carte des plaisirs à venir.
Ensuite, tout s’enchaîne à une vitesse record, dans un décor où deux chaises et un canapé suffisent à meubler le parcours hérissé de cocasseries de ce couple déjanté.
Ça commence avec le commencement, c’est à dire la rencontre des deux tourtereaux sur un banc, premier abord pas très glamour quand on possède une haleine de phoque et des pieds aux effluves fromagères.
Ils nous racontent à leur façon, en la découpant comme rondelles en saucisson, la vie à deux. Leur délire se nourrit de leur vécu - ainsi une anecdote avec leur chat se transforme sur scène en quiproquo drolatique avec le chien de la voisine. Jean-Phi, grand adolescent et amoureux maladroit, préfère jouer à la Play Station plutôt que de se préparer à un entretien d’embauche. Véronique, plus terre-à-terre, le tempère dans ses débordements. Après le mariage et l’enfant à venir se jouera le dénouement : un accouchement de salon au summum du burlesque.

Comme un dessin animé
Avec sa gouaille de Titi et ses loufoqueries à la Tex Avery, Jean-Philippe campe un personnage de cartoon avec une vélocité digne de Bip Bip le Coyote. Face à ce bateleur survolté, baratineur de première, Véronique garde les deux pieds sur scène et lui donne la réplique avec une énergie virevoltante. Son jeu plus contrasté et ce décalage dans les situations comiques se lient à merveille et déclenchent le rire.
L’atout du spectacle, c’est avant tout l’aspect visuel de ces gags lancés à toute berzingue, allié à l’énergie considérable des comédiens. Et si, malgré quelques trouvailles, les effets comiques ont parfois un goût de réchauffé, ça fonctionne plutôt bien.
C’est du café-théâtre pur jus, du gros gag qui tâche. Pas du millésimé. Et si le texte ne mérite pas le détour, l’interprétation des comédiens est à classer au patrimoine de l’humour. Ceux qui cherchent là une once de profondeur, un zeste d’émotion ou une pincée de réflexion resterons sur leur faim. Les autres, amateurs de théâtre roboratif, n'aimant rien tant que se faire éclater la panse de rires tonitruants, en sortiront rassasiés et joyeux. Et par les temps qui courent, ce n’est déjà pas si mal, non ? II
Régine Bernot