C’est avec une sincérité émouvante que Coko dévoile une manière épurée de communiquer la richesse de son monde, à travers des textes à la fois émotifs et engagés, accompagné d’un accordéon, seul partenaire d’une entrée en matière bien plus accueillante qu’elle ne pourrait en avoir l’air. Corentin, dit Coko, après avoir transporté le public du théâtre du Grand Rond il y a presque un an en compagnie de Philippe Sizaire, y être revenu ensuite, réitèrera prochainement son histoire en cette même salle.
La poésie satirique du ringard assumé
Coko est un jeune compositeur, interprète/musicien, le bagage adéquat pour créer, action en devenir de rébellion dans une société de rapidité et de consommation telle que la nôtre. Et c’est bien sur cette société que Coko souhaite nous ouvrir les yeux. Les pieds nus, le regard presque timide, il témoigne inopinément d’une énergie dévastatrice dès que le concert commence – dès que l’expression commence.
Sur une musique qu’il qualifie de "ringarde", dans l’esprit Trenet (une de ses idoles) le jeune homme s’adonne à des textes qui font sens, dans la subtilité de la poésie couplée d’une ironie parfois satirique, mais toujours hilarante.
Il arrive, par les tours de passe-passe d’une magie inconnue, à transporter un public dans l’imaginaire, à le conduire comme le joueur de flûte de Hamelin (en plus gentil), d’une émotion à l’autre, suscitant, comme mardi dernier, le retour à l’enfance d’un bon nombre d’adultes : "Les grands ont de la chance, mais les petits aussi", rejetant à sa manière l’aseptisation qui s’applique, pour on ne sait quelle raison, à la plupart des enfants prenant de l’âge, l’épanouissement devenant obsolète.

Le meilleur de tous les défauts
Un infantilisme touchant et revendiqué, des espoirs de décroissance (mouvement désireux du retour à des valeurs plus simple, à l’opposé de la surconsommation actuelle), un brin de clownesque, mais surtout une sensibilité à fleur de peau qui laisserait presque échapper une petite larme de temps à autre.
Ses paroles sont captivantes, au-delà même de la musique, à tel point que lorsqu’elle s’arrête, le texte prends corps aussi dans le silence. D’une valse contestataire à sa redéfinition de la création humaine, Coko possède cette présence incroyable, hérité du théâtre (son père est comédien) qui tend à faire vivre ses auditeurs, à les faire rêver autant que réfléchir, participer aussi, sur des bruitages de batterie ou tout simplement rire de son imitation d’une chanson chinoise – cet ancien étudiant en musicologie est parti un an en Chine pour y étudier la musique traditionnelle.
Ecolo de surcroît – décidément, il n’a que des défauts – le remaniement des styles ne lui est pas un "étrange étranger" et c’est à travers un rap qu’il offre une vision déviée, dans le sens écologique parlant, des actions incendiaires de l’Île-de-France en 2006 ou parle de la "crise" avec "Une vache à mille francs", remix de "La valse à mille temps" de Jacques Brel.
Un jeune artiste que l’on pourrait qualifier de conteur, navigant entre réalité et monde lointain. II
Quentin Daniel