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Ouvrez tout grand

Le théâtre de la Violette et la compagnie Iatus proposent
un spectacle d’éveil sensoriel au très jeune public.

Les vacances sont toujours une période faste pour les spectacles jeune public et celui qui se joue en ce moment au théâtre de la Violette participe sans nul doute à la variété des programmations toulousaines : les spectateurs de six mois sont rarement la cible de créations et la compagnie Iatus a pris l’initiative de boucher ce petit trou avec Chouette la chouette, un spectacle musical et visuel adressé aux enfants en très bas âge. Et cela fonctionne parfaitement.

L’œil et l’oreille
Face à ce public particulier, un texte serait de peu d’intérêt et plutôt que de verser dans une simplification pseudo-pédagogique, la compagnie a préféré laisser les mots de côté. Nulle prise de parole envahissante, nulle autre fable que celle d’une découverte d’ordre sensoriel, d’une stimulation poétique par un univers obscur et chatoyant, habité par les compositions électroacoustiques d’Arnaud Romet. Tandis que le metteur en scène installé à un table de son envoie ses morceaux et ses bruitages en direct, la comédienne Stéphanie Saguerre évolue avec lenteur et précaution sur une scène devenue un petit monde de science-fiction.
La nuit est tombée, c’est l’heure du vol de la chouette : une nuit bleu marine traversée de lueurs claires, de surfaces miroitantes, d’étoiles scintillantes. De minuscules diodes percent l’obscurité de points lumineux, tandis que des sources de lumière plus importantes détachent des reliefs et que l’éclat mouvant de la lampe de poche brandie par la comédienne trace son chemin. Est-ce une forêt ? Peut-être, mais alors une forêt métallique, peuplée d’objets aux formes intrigantes, d’antennes insolites, de petits automates aux mouvements imprévus.
La comédienne joue la découverte, l’initiation à cet espace aux surprises à la fois visuelles et musicales – en cela, elle assume un rôle de guide, d’intermédiaire, plutôt qu’un personnage. Ses réactions face aux étrangetés, aux micro-événements qui se déroulent dans ce petit monde nocturne, anticipent celles du jeune public. Et réactions il y a, à en juger par les onomatopées d’émerveillement qui surgissent dans un silence très attentif.

Chouette la chouette 3

Cette forme de théâtralité pure touche son public, à n’en pas douter. Assez marginal sur nos scènes, ce type de travail reste souvent associé au très jeune spectateur, ce qui est dommage – on se rappellera peut-être l’exception majeure des brillantes créations de François Tanguy (Ricercar au Garonne la saison dernière), qui reviennent précisément à un théâtre sensoriel en divorce avec l’intellect. Mais la compagnie Iatus n’entend pas non plus réserver aux enfants le plaisir des sens et leur ligne créative manifeste un retour au spectacle de cette facture.
Imprégnées par l’art contemporain, ses créations accordent un rôle central à l’art vidéo, à la musique électroacoustique, aux bruitages et dispositifs interactifs – l’expérience onirique de 2703 moutons qui sautent (au Ring en 2008) est à l’image d’un travail aux frontières du théâtre, qui regarde du côté de la performance et fait place au "spectacteur".
Chouette la chouette,
de même, noue un dialogue entre l’objet et le son, la lumière et la matière. Ce spectacle resserré en vingt minutes est suffisamment bref pour ne pas entraîner dispersion et lassitude chez son public, qui demeure très réceptif. Peut-être est-ce un âge où l’on n’a pas encore peur du noir, en tout cas nulle frayeur, mais une écoute alimentée par la curiosité face à la nouveauté de ce monde sensible.
Un tableau nocturne magique pour un premier contact avec la scène. II

Manon Ona

Chouette la chouette
Sans peur dans la forêt obscure. (Photos Mona/Le Clou dans la Planche)










Théâtre - jeune public de 6 mois à 5 ans
Chouette la chouette
Cie Iatus.
Avec Stéphanie Saguerre et Arnaud Romet.

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Chouette la chouette 2