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La grande gueule,
l’allumé et le timide

Un trio... auvergnat, mais oui, enguitarise le Grand Rond
à l’heure sainte de l’apéro.

Ils nous viennent d’Auvergne, grattant et déclamant la "Première tomme" au lait cru de … biquette, et non pas de vache : Le chemin des chèvres, trio de guitares qui astique les mots comme les cordes. De la chanson française, à l’évidence, mais en disant cela on ne dit pas grand-chose. Eux-mêmes qualifient leur répertoire de "Sweet Humoristic Chanson Déglinguée" – à ressenti d’oreille et pour donner une idée de la chose, il y a quelque Sanseverino là-dedans : un mélange de guitares jazzmanouchantes et de textes touchàtouts que de minuscules thèmes n’effraient pas, que les sourires et rythmes soutiennent avec vigueur.

Hymnes du Cantal et autres fromages
Pas de panique : nul départementalisme, ou alors juste d’autodérision. Clichés auvergnats obligent, il y aura bien quelques révérences aux goulées d’alcool – on remarquera d’ailleurs que l’un des micros fait aussi office de porte-verre, il faut savoir s’organiser dans la vie. "J’ai trois amours sur l’étagère,/ L’Avèze, la Suze et la Salers" entonne le trio, mi-figue mi-raisin. Ce ne sera pas un "Du rhum des femmes" de comptoir, mais un féroce "Bière, femmes et football-club" où l’on célèbre le français ras-de-souche ("J’ai tout du beauf, j’aime le pastaga et le cul d’la Monique").
De la chanson qui tache, mais pas de panique non plus car ces messieurs ont plus d’une corde à leur délire. Ils ne vont certes pas s’empêcher de conter de sombres histoires de combustions spontanées, de "fire-prout mal engagé" et autres pétomaneries. Mais le plaisir général est sans conteste celui du thème gratuit et dérisoire, à l’exemple du suicide d’un "petit ouistiti dégoûté d’la vie", de la moustache d’un gentleman ou encore d’un post-it rose placardé sur le frigidaire en guise d’adieu – une douce-amère "partie agiter d’autres draps".

Le chemin des chèvres


"Les personnes épileptiques sont priées de bien vouloir sortir"
Grande gueule, allumé et timide, disions-nous. Configuration linéaire : à gauche et à droite, ça gratte des accords en chantant, en s’encourageant à coups de grimaces, de remarques au public et de parenthèses improvisées. Au milieu, ce n’est pas timide pour rien : ça se concentre sur la guitare électrique et sous un béret ça concocte des solos avec le plus grand sérieux. Tous trois chantent, en canon ou gospel s’il le faut, mais le meneur de mots reste sans conteste la grande gueule attitrée du trio – sympathique annonciateur des bêtises à venir.
On l’aura compris, ces trois gaillards ne sont pas venus refaire le monde mais badiner sans complexe ni mesure : porte ouverte au délire, quitte à bloquer sur le mi, à sortir les lunettes de soleil pour la "version hard-discount d’une chanson qu’Eddie Mitchell n’a jamais écrite", à nous décrire le syndrome de Philippe Bouvard...
En bref : la grande gueule l’ouvre sans complexe, l’allumé suit et le timide cale ses solos avec art dans ce barouf de diables. Equilibre musical et humain : ça tient la barre et l’humeur. II

Manon Ona

Le chemin des chèvres
Trois Auvergnats sans le vent. (Photos Mona / Le Clou dans la Planche)













Chanson
Le chemin des chèvres
Avec John Po (guitare), Bernie (guitare)
et Esox Lucius (guitare aussi).

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Le chemin des chèvres