Article paru le 27 février 2009
Carriéra flamenca, ce sont deux guitaristes et un percussionniste qui témoignent d’une musique à l’effigie de l’Espagne, trois passionnés de rythmes flamencos qui offriront de nouveau, début février, le son de leur "flamenco de rue" – l'art du flamenco, mais sous sa forme la plus populaire, la plus sincère peut-être – en trio à 15h, puis en quintet à 21h, au Chapeau Rouge.
L’origine du flamenco se trouve dans différentes cultures, musulmane, juive et andalouse, et ses premières apparitions se firent à Triana, un quartier de Séville. Depuis de nombreuses années, le flamenco a pris la place qui devait être la sienne sur la scène internationale avec des artistes de renom tel que Paco de Lucia ou Camaron de la Isla, présentant avec finesse et passion toute la diversité du style. A Toulouse même, ville-refuge de bien des réfugiés de la Guerre d'Espagne, les personnalités flamencas ne manquent pas : Vicente Pradal, né dans la Ville Rose ; Bernardo Sandoval, son cadet d'un an, né en Castille-et-Leò n, arrivé à Toulouse il y a près de cinquante ans ; Serge Lopez, qui suivit le précédent en 1961.

Parmi les innombrables styles et variantes
du flamenco, le talent incontestable du trio Carrièra Flamenca se donne à entendre sur le rythme particulier de la buleria (caractérisée, pour les amateurs, par deux groupes de trois temps et trois groupes de deux temps) apparue vers le milieu du dix-neuvième siècle comme une variante accélérée de la solea. Un rythme entraînant qui fut apprécié, ce soir-là, par une salle débordante d’auditeurs, tous intrigués et émerveillés par les qualités guitaristiques de Jérémy Cohen et Lino de Mingo, prestigieux technicien installé lui aussi à Toulouse et dont la technique, de façon inattendue, s'est forgée au Portugal plutôt qu'en Espagne. Les compositions du trio, très imprégnées dans le style, mettent en évidence à la fois la violence du roulement flamenca et la légèreté de mélodies expressives, soulignées par le cajon énergique d’Arnaud Pépin – cette percussion en forme de caisse inventée, on le saura, au Pérou par les anciens esclaves, qui est devenue aujourd’hui la percussion phare des musiques latines et de bien des formations de tout style.
Transe pour certains, lassitude pour d’autres... Malgré quelques surprises comme l’intervention d’une chanteuse à texte ou d’une reprise d’Albéniz, "Asturias" version flamenco, l’énergie se trouve être un peu amoindrie d’un morceau à l’autre et, la mise en scène étant complètement absente, la virtuosité ne parvient à elle seule à apporter la qualité d’un spectacle complet. Légère déception, donc, face à un style qui possède malgré tout une diversité rythmique importante et la particularité d’être un partage populaire incluant souvent l’auditeur dans une interaction avec les musiciens. Ce qui n’enlève rien à l'appréciation d’un son particulièrement subtil et d’une musicalité de haut niveau, qui furent d’ailleurs largement remerciés par les applaudissements enthousiastes du public. II
Quentin Daniel