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Prouesses burlesques

La salle Nougaro sera bientôt en circassienne compagnie, avec le Cabaret des Acrostiches.

Ils sont quatre et s’accrochent sans accrocs tels la première lettre d’un mot à celles qui la suivent : les (néo)-circassiens des Acrostiches enchaînent en souplesse les numéros tant humoristiques que techniques de leur nouveau Cabaret. Le Clou vit Jak (Michel Navarro) et sa Fugue dans son spectacle solo, à revoir en juin à Cornebarrieu. Voici maintenant les Acrostiches au complet, avec Jean-Philippe Cochey-Cahuzac, Philippe Copin et Christophe Leseure, le tout sous le regard de Christian Coumin (référent artistique du Lido, entre autres). Le spectateur qui aurait raté le coche du Bazar au Bazacle pourra retrouver ces messieurs et leur création fin mai à la salle Nougaro dans le cadre de Caravane de Cirques.

"Ah bon, c’est pas le final, là… ?"
Atermoiements, hésitations voire disputes, on commence sur une note bordélique, sur le faux-départ de circonstance, les bisbilles de rigueur – "ok, Octave, on va la faire ta présentation." Octave est le mélodiste de la troupe : Octave veut chanter. On nous met au jus sur ce qui ne se verra pas dans ce cabaret qui n’en finit pas de débuter : pour les "écuyers en quête d’amour", niet. Pour l’éventuel homme canon devenu baryton, niet idem. Mais des acrobaties, des jongleries et d’improbables délires, ça, il y en aura !
Parmi les numéros, certains sont attendus, d’autres beaucoup moins. Au rang des incontournables, des chorégraphies acrobatiques sous la ponctuation des applaudissements du public. Originalité néanmoins, avec une contrainte supplémentaire : ces messieurs chantent, en bon françois comme en espagnol, tête en bas et jambe en l’air, en équilibre sur une main ou sur la tête... Et quand ils ne chantent pas, leur petite touche personnelle est l’affaire d’une couleur théâtrale – en gugusses roses langoureux, en l’occurrence. "Un truc saugrenu, les portés", commente Octave, "et ça se touche, et ça se tripote…" Il y a là un potentiel comique à exploiter.
Attendue toujours, la jonglerie, chantante aussi pourquoi pas – aah, l’art de faire tomber les massues bien exprès et surtout, l’art de "conclure avant d’avoir l’air con". Entre deux numéros familiers par leur discipline, des choses étranges qui régalent le public : bataille de Jak avec un micro rebelle, orchestration loufoque (autrement intitulée jonglerie musicale), portés de vrais-faux mannequins, hommage à Mozart ou l’on perd le sens de la morphologie humaine…

Le cabaret des Acrostiches

Bel assortiment de disciplines circassiennes que ce cabaret d’acrobates losers, qui tirent sur la corde de la dérision, s’emploient aux fausses bourdes autant qu’aux vraies prouesses techniques. Il y en a pour tous : les amateurs de muscles tendus ne peuvent que louer la qualité et le vertige des portés, dont les "montages" corporels sont parfois très impressionnants. D’autres goûtent peut-être davantage la virtuosité du jonglage, en chœur ou en solo. Mais l’ensemble des spectateurs, sans nul doute, leur sait gré de l’enrobage humoristique et des embryons narratifs qui évitent au spectacle la froideur d’un simple enchaînement de numéros.
Invité exceptionnel du soir, le frêle et souple Morgan roulait ses balles blanches de contact en toutes parties de son roseau de corps, les lançait en une projection de jambe, les récupérait en un tortillement d’orteils, de bouche, d’oreille… On lui aurait cru une tête carrée, à le voir se démener balle stabilisée sur le crâne, le visage fendu par sourire béat de clown qui s’ignore. Sa bobine sympathique s’insérait parfaitement dans l’esprit général des Acrostiches : mélange d’humilité souriante et de précision technique.
Beaucoup de talent en papillote dans une attendrissante dérision et de délirantes dérives. II

Manon Ona

Le cabaret des Acrostiches
Les Acrostiches en diverses (mauvaises) postures. (Photos DR)










Cirque
Le cabaret des Acrostiches
Les Acrostiches.
Direction artistique et mise en scène : Christian Coumin.
Avec Jean-Philippe Cochey-Cahuzac, Philippe Copin
et Christophe Leseure.
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Le cabaret des Acrostiches