Maguy Marin est de retour. Malgré le lot de critique, d’incompréhension, de rejet qui accompagne toujours un peu la sortie de ses spectacles, la chorégraphe autant décriée qu’encensée résiste, encore et encore, et porte une nouvelle fois jusqu’à nous la sève de sa destinée artistique. Sur scène donc, toujours la même non-danse qui pour certains peut se révéler frustrante. La même complainte monocorde en guise de bande-son. La même répétition gestuelle, le même goût pour le travestissement… Tout cela est dans Ça, quand même, comme dans Turba, comme dans Description d’un combat. N’y revenons pas.
Mais cette fois-ci, la papesse de Rillieux-la-Pape va encore plus loin. Plus loin dans l’intime d’abord, puisque le sujet qu’elle choisit replace ses préoccupations philosophiques sur l’humanité dans son histoire individuelle ou presque. On y "parle" (à travers la bande-son traduite par les gestes, à moins que ce ne soit l’inverse), du vertige que représente l’acte de créer et pire, de la folie que constitue celui de se dévoiler au public. Ici et maintenant.
Naturellement, Maguy Marin et Denis Mariotte, son complice de longue date, interprètent seuls cette pièce d’apparence autobiographique, dans un exercice des plus périlleux. Ici, pas de troupe nombreuse derrière laquelle se protéger un peu, pas d’intermédiaire masqué en guise de paravent. Tout juste l’humour pour se dérober un peu à une succession de dialogues intenses avec les autres. Le risque est absolu ; la mise à nue totale. D’autant que l’interprétation, comme de coutume, se veut puissante. Cash, pourrait-on dire aujourd’hui.


