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L'offertoire

Le théâtre Garonne ouvre la saison avec
Ça, quand même, de Maguy Marin et Denis Mariotte.
Mise à nu absolue.

Maguy Marin est de retour. Malgré le lot de critique, d’incompréhension, de rejet qui accompagne toujours un peu la sortie de ses spectacles, la chorégraphe autant décriée qu’encensée résiste, encore et encore, et porte une nouvelle fois jusqu’à nous la sève de sa destinée artistique. Sur scène donc, toujours la même non-danse qui pour certains peut se révéler frustrante. La même complainte monocorde en guise de bande-son. La même répétition gestuelle, le même goût pour le travestissement… Tout cela est dans Ça, quand même, comme dans Turba, comme dans Description d’un combat. N’y revenons pas.
Mais cette fois-ci, la papesse de Rillieux-la-Pape va encore plus loin. Plus loin dans l’intime d’abord, puisque le sujet qu’elle choisit replace ses préoccupations philosophiques sur l’humanité dans son histoire individuelle ou presque. On y "parle" (à travers la bande-son traduite par les gestes, à moins que ce ne soit l’inverse), du vertige que représente l’acte de créer et pire, de la folie que constitue celui de se dévoiler au public. Ici et maintenant.
Naturellement, Maguy Marin et Denis Mariotte, son complice de longue date, interprètent seuls cette pièce d’apparence autobiographique, dans un exercice des plus périlleux. Ici, pas de troupe nombreuse derrière laquelle se protéger un peu, pas d’intermédiaire masqué en guise de paravent. Tout juste l’humour pour se dérober un peu à une succession de dialogues intenses avec les autres. Le risque est absolu ; la mise à nue totale. D’autant que l’interprétation, comme de coutume, se veut puissante. Cash, pourrait-on dire aujourd’hui.


Ca quand même

Sisyphe et son rocher
Reprenant à deux le registre de l’automatisation des corps, les allers-retours incessants entre coulisses et scène, le jeu des déguisements, Marin et Mariotte, aussi idéalisés que des personnages de Courbet, racontent sans faux-semblants ni perversion la réalité d’un duo d’artistes qui a donné son corps à l’art comme d’autres le donnent à la science ; qui lui a offert son âme, allant jusqu’à se mettre à poil devant nous.
Confronté à la sincérité nue, le public défaille, se dérobe, s’insurge, se soumet. Chacun réagit comme il peut à cet inconfort. Il observe cette femme et cet homme avec autant de crainte, mais aussi d’amour, que ne le fait le couple en face d’eux-mêmes. D’ailleurs le public est intégré à la représentation, un moment éclairé tandis que la scène s’assombrit.
On l’a compris, une fois encore, ces automates qui rejouent inlassablement la même partition, ces silhouettes de carton qui vacillent sous le vent, même s’ils portent leurs visages, sont des substrats de nous-mêmes… Ne sommes-nous pas tous des Sisyphe poussant à perpétuité notre rocher vers le sommet de la colline ?
Reste une question à poser. Que va pouvoir faire Maguy Marin désormais ? Après que Malevitch ait peint son Carré blanc sur fond blanc, summum du Suprématisme, il n’a pas eu d’autre choix que de revenir au figuratif… Après Ça, quand même, Maguy Marin va-t-elle revenir à la danse ? II

Bénédicte Soula

Ca quand même
Denis Mariotte et Maguy Marin. En bas, le centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, fief de la chorégraphe. (Photos Leloup, Laurence Danière et DR)























Danse
Ça, quand même
De et par Maguy Marin et Denis Mariotte.
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Rillieux