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Le son, la forme
et la couleur

Les couleurs s’ébruitent pour les tout petits
au théâtre du Pont Neuf.

Les salles et les compagnies le développent de plus en plus, attentives au succès de la chose : place au spectacle d’éveil pour les 6 mois- 3 ans (d’aucuns diraient davantage, mais vue la rapidité avec laquelle les crapaudes et crapauds grandissent, l’effet n’est pas garanti). Le théâtre du Pont Neuf s’en trouve d’ailleurs rempli, ce qui fait chaud au cœur en ces temps de désertion... Mais laissons les doléances au spectateur toulousain de côté : Magali Frumin et Marie de Nazelle, de la compagnie des Voyageurs Immobiles, présentent tour à tour Le bruit des couleurs – un spectacle sans texte, faut-il le préciser, mais à la bande-son travaillée avec minutie et à la mise en scène tout à fait ingénieuse.


Tournent les pages, les pages du paysage
Qu’il est triste de se réveiller un matin dans un monde en noir et blanc. La jeune fille à l’arc-en-ciel a perdu toutes ses couleurs ! Catastrophe de catastrophe : vite, courir chercher le livre des paysages en couleur. Vite, l’ouvrir et en tournant délicatement les pages, vite s’y promener. Au tout début des choses, la jeune fille n’a qu’une tristounette robe blanche pour se vêtir… La promenade dans ce monde d’images va lui redonner vie.
Elle traverse des espaces de toutes les couleurs possibles et imaginables, tout ce qu’il faut pour retrouver son arc-en-ciel : dans un pays chaud tout orangé poussent des fruits délicieux à croquer – et plouf, un chapeau rouge sur la tête. Dans un paysage en camaïeu de verts, des arbres poussent si on les arrose, mais gare aux mares ! et plouf, des bottes en caoutchouc pour patauger dans l’eau… Plus tard, la jeune fille se trouvera de nouvelles robes ou tabliers et chaque espace laissera ainsi un bout de vie et de couleur.

Le bruit des couleurs

Un joli travail de correspondances
Mer grondante, nuit noire inquiétante ou encore cuisine jaune environnée de tournesols, chaque espace forme un tableau vivant : des créatures y apparaissent en relief, des objets s’en détachent et finissent dans la poche de la jeune fille, quand ce ne sont pas les éléments du décor qui s’animent mystérieusement sous les doigts de la deuxième comédienne, cachée derrière le livre géant. Voilà de quoi susciter quelques "oooh" de surprise et d’émerveillement. La lecture des paysages se fait non pas seulement à la vue des formes (animaux, fleurs etc.), mais à l’écoute des sons correspondants : une bande accompagne chaque tableau par un environnement sonore différent – grognements de cochon, bourdonnement d’abeilles, simple musique parfois… A l’oreille de trier.
Le principe peut paraître simple, encore fallait-il le développer avec cohérence – on voit trop souvent des spectacles très jeune public déployant formes et couleurs dans un tourbillon sensoriel qui ne pousse l’enfant à aucune recherche… Va pour les 6 mois, mais à deux ans ce qui passe par les mirettes soulève une foire aux questions et la compagnie des Voyageurs Immobiles n’a pas l’intention d’abandonner crapaudes et crapauds à la pure contemplation : il va falloir le compléter, cet arc-en-ciel obtenu de bonne guerre, et attribuer à chaque objet collecté sa juste couleur. Les mimiques très expressives de la comédienne sont une continuelle invite à participer au spectacle – précaution indispensable pour retenir l’attention de ce public au-delà de dix minutes de représentation.
On l’aura compris, les qualités visuelles le disputent aux trouvailles pédagogiques et cette minuscule configuration donne un très bref mais très soigné moment de théâtre. II

Manon Ona

Le bruit des couleurs
En quête de l'arc-en-ciel. (Photos Mona / Le Clou dans la Planche)









Théâtre - de 6 mois à 3 ans
Le bruit des couleurs
Cie Les Voyageurs Immobiles.
Mise en scène : Magali Frumin.
Avec (en alternance) : Magali Frumin, Marie de Nazelle.


Durée 40 mn.
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Le bruit des couleurs