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Chassé-croisé amoureux

Douze comédiens amateurs autour d’une comédie shakespearienne, dans un atelier dirigé par Eric Vanelle
au théâtre du Grand Rond.

Le Clou a souvent eu l’occasion de le répéter, le théâtre amateur mérite toute l’attention des spectateurs – en témoignent la réussite du festival Entre Chien et Loup (théâtre du Chien blanc), le festival Théâtres d'Hiver (en ce moment) et les qualités des ateliers couverts au printemps dernier. On se rappellera peut-être les Fragments de la vie amoureuse (Denys Arcand, Heiner Müller…) proposés par les élèves d’Eric Vanelle en juin au Grand Rond. Amour toujours pour leur création 2009, mais sous la plume so british de Shakespeare, avec le chassé-croisé sentimental de Beaucoup de bruit pour rien.

A quatre bons mois des représentations, pas de panique encore, un démarrage tout en douceur, au plaisir d’un premier "débroussaillage" qui touche à sa fin. On tente de s’organiser ("tu pourrais nous faire un programme.. ?"), on y renonce plus ou moins : le temps à passer sur chaque scène, seul le travail au fil du texte le définira, au fur et à mesure.
Du reste, rien qui ne soit fixé à l’avance dans la mise en scène, pas de cadre prédéfini par l’intervenant – c’est précisément ce qui fait la différence et l’intérêt d’une création annuelle. Son atelier, Eric Vanelle le conçoit comme un lieu "où l’on essaie", où l’on s’octroie le plaisir d’envisager différentes directions, de ne pas courir urgemment vers le définitif. Pour un metteur en scène, c’est l’occasion de passer du temps sur un texte et d’encadrer un travail véritablement collectif, d’assurer l’implication des élèves, de laisser une place aux initiatives de chacun. Les idées naissent au fil d’une mise en scène progressive, à plusieurs vitesses, ce que les répétitions des professionnels ne peuvent guère se permettre.

"Composer avec la contrainte "
L’avantage du temps mis à part, restent des conditions de travail avec lesquelles il faut jongler. Douze comédiens pour une pièce comprenant en moyenne sept rôles majeurs et une belle poignée de rôles secondaires, c’est tout d’abord le choix d’un distribution discriminatoire… ou pas. Pour l’intervenant, une ligne de conduite incontournable : les comédiens auront tous la même quantité de texte. Conséquence directe, il faut diviser les rôles importants et trouver ensuite un système de codes permettant au spectateur d’identifier chaque personnage. Ce sera une affaire d’accessoires, de coloration de jeux propre à restaurer une cohérence au-delà de la distribution.
En amont, il n’y a pas eu de sélection ni d’audition pour former le groupe en fonction de la pièce choisie. Cette année, dix comédiennes contre deux comédiens, pour une pièce fondée sur une opposition des deux sexes, pas facile… Peu importe, un comédien doit pouvoir assumer n’importe quel personnage. Et après tout, souligne Eric Vanelle, dans les théâtres élisabéthains les femmes ne jouaient pas… Les comédiennes feront bien leur affaire des accès de virilité des mâles shakespeariens !

En fin de séance, on abandonne la scène pour faire le point, échanger idées et propositions. La plupart se seront perdues d’ici que la création se fixe, mais qu’importe, au fil des discussions les traits de la mise en scène se précisent. Il est sérieusement question de semer chants et chorégraphies entre les actes, d’entourer la densité d’écriture d’instants moins textuels. Ce sera peut-être un Vincent Delerm et presque certainement un Dario Moreno - "Tout l’amour que j’ai pour toi", mais oui, ils vont oser.
Une chose certaine, pas question de laisser le texte à son affaire. Un jeu à découvert n’est pas exclu, qui ferait ressortir le teatrum mundi cher au dramaturge baroque – théâtre ou pas, les relations humaines et plus particulièrement amoureuses restent comédie, masques et rhétorique. Et comme, finalement, il s’agit bien ne pas prendre tout ce tumulte sentimental écrit en haut style au sérieux, pourquoi pas une mise en scène assumant jusqu’au bout la réalité du décalage avec nos mœurs à nous, amoureux et amoureuses du vingt-et-unième siècle ?
Ça donnerait une scénographie résolument kitsch, un jardin à l’anglaise pastiché – faux gazon, chaise longue et tutti quanti. Il ne fallait pas les brancher là-dessus, les idées fusent : petite piscine, nain de jardin, verdure de mauvais goût… Bref, voilà un Shakespeare qui s’annonce ringardement poétique, délicieusement has been. Délire à suivre. II

Manon Ona

Beaucoup de bruit pour rien
Eric vanelle et ses élèves. (Photos Mona / Le Clou dans la Planche)







Théâtre amateur
Beaucoup de bruit pour rien
de William Shakespeare
Mise en scène : Eric Vanelle.
Avec : Céline Aubry, Laurène Azema, Florence Béziat, Delphine Le Breton, Bérénice Dechamps, Magali Delpla, Mathilde Lalle, Marie Lacoste, Amélie Legrand, Romain Rettig, José Velazquez, Solène Zeller.

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