Sa carrière débuta dès l’âge de dix-sept ans avec une personnalité précocement singulière, un père imaginant l’avenir de sa fille dans l’assistance sociale, une mère qui n’en pensait rien. "Au final, mes parents ont divorcé et comme c’était mon père qui voulait que je sois assistante sociale et que je suis partie avec ma mère, je suis devenue auteur-compositeur, malgré le fait que j'ai chanté fort et faux jusqu’à l’âge de treize ans…"
Béa Tristan, de son vrai nom Béatrix Longa, a donc été remarquée en 1967 lors d’une audition à l’Olympia. Elle n’avait alors que dix-sept ans et sortit son tout premier disque vinyle chez Philips cette même année. Puis deux disques trente-trois tours suivirent, ainsi qu’une tournée avec Charles Aznavour, Félix Leclerc, Bobino etc. Puis pft.
Une voix certes grave mais limpide aussi bien, remarquable, pourtant empreinte du contexte stylistique de l’époque. Bref, Bea Tristan, après s’être éloignée de la scène française pendant trente ans, réapparaît discrètement avec un nouvel album, "Palissandres", et comme métamorphosée par cette drôle de disparition.
Française, on pourrait en douter lorsque son concert emmène le public de la Cave Poésie en voyage au fin fond de l’Ouest américain. Dans ce périple de trente-trois jours, une femme se déplace en camion aux côtés d’un vétéran du Vietnam. Misogyne, bourru, il s’en est sorti en apprenant à se persuader que passer entre les balles le ferait rentrer chez lui. Pas étonnant que cette jeune femme se fasse appeler "ma grande".
Mais trente-trois jours sans décrocher un mot, c’est dur même pour un endurci de son espèce. Bruce Webster et la jeune femme finissent donc par partager leur histoire au gré des miles.


